lundi 25 juin 2007

La garde meurt, et ne se prendra plus !

Voilà une glorieuse activité que mes deux fistons ne connaîtront jamais !
Le service militaire obligatoire a été supprimé, d’avantage pour de sordides questions budgétaires, que pour des raisons philosophiques ou patriotiques.
Ainsi, ils ne pourront plus jamais apprécier tout le « bonheur », tous les « fins plaisirs » engendrés par cette activité hautement virile, et surtout vitale à la protection des casernes et des équipements militaires. Ma toute première garde se passa par un froid polaire à ne pas mettre un pingouin dehors, dans la plaine orléanaise, par une nuit noire, et à trois heures du matin, s’il vous plaît !

Je faisais alors mes « classes » sur la base aérienne d’Orléans-Bricy Emmitouflé dans une capote trop longue, un poste émetteur-récepteur de trente kilos dans le dos,
( ces abrutis n’avaient pas encore inventé le téléphone portable de
30 grammes !)







je devais « garder » un « hercules C130 » iranien ! Tous les fans d’aviation savent ce que c’est qu’un « hercules C130 » ! Mais pour ceux qui s’en tamponnent comme de leur premier avertissement fiscal, il s’agit d’un énorme avion cargo, quadrimoteurs, construit par la compagnie Lockheed !



Ce bel oiseau contenait pas mal de missiles
et
autres engins mortels !
Et « iranien » par-dessus le marché ! Dans le contexte politique actuel, c’est plutôt marrant, non ?







Bref ! Je suis passé sans transition des plaines glaciales françaises, au four infernal du soleil d’Afrique du Nord ! Alors, il me fallut, comme les petits copains, faire mes tours de garde réglementaires à intervalles très réguliers ! Pour vous prouver l’authenticité de mon récit, je vous fournis gracieusement la photo du poste de police où se passaient ces activités « culturelles »
de premier ordre !


Vous y voyez la guérite où j’ai passé les heures les plus
« excitantes », les plus passionnantes, les
plus enthousiasmantes de mon existence !
La guérite, c’est ce petit
« cercueil » vertical dans lequel vous logez le temps de votre garde, et qui vous donne un avant goût de ce qui vous attendra un jour, quand la vie sera fatiguée de vous avoir assez supporté, ou que vous ne la supporterez plus vous-même !
Donc, par un bel après-midi de plomb, de chaleur infernale, je mijotais lentement dans
mon « autocuiseur » en bois.L’air était vibrant et trouble, comme il se doit par ces températures torrides.
Rien à l’horizon ! Que de la terre ocre et sèche, quelques buissons rabougris, un silence de tombe, pas un brin d’air !
Soudain, un mirage ! Le paludisme venait peut-être de me foudroyer sournoisement !
Mon esprit délirait ! Je venais de perdre la raison sous les coups de ce climat impitoyable !
Là ! Devant mes yeux ! Une vision sublime ! Enchanteresse !
Un tableau séraphique !
Une lucarne sur le paradis terrestre ! Ce n’était pas vrai !
Ce ne pouvait pas être vrai ! Je devais être en plein délire !
La fièvre me terrassait !
Une jeune fille, ses cheveux au vent, la jupette sombre, bien sage, le petit corsage blanc tout pimpant, un visage de madone, un sourire angélique chevauchait un antique vélo solex, et pris le virage pour se présenter devant la barrière du poste !
Pour tous ceux qui ne comprendraient pas mon « trouble »
et mon « émoi »
il faut impérativement que je vous explique certaines petites choses :
Cela faisait des mois que nous n’avions pas vu « une seule » femme !
Nous étions entourés exclusivement « d’animaux » masculins, des plus brutes, et des plus mal embouchés qui soit !
La « douceur féminine »?
il y a longtemps qu’on en avait fait notre deuil !
Pas un seul petit minois féminin pour calmer les rêves et les ardeurs de jeunes corps au somment de leur capacité libidinale !
Ce n’est pas l’ersatz de femelle qui me donnait lieu de chef, qui aurait pu adoucir ce manque atroce !
Alors cette vision brutale ! Comme ça, sans prévenir ! C’était trop !
Je me revois encore, la bouche ouverte, la bave aux lèvres, le regard encore plus niais que celui de Steevy Boulais, me jeter sur la barrière pour l’ouvrir !
Mon « apparition séraphique » passa devant moi, avec un charmant sourire de reconnaissance, et me fit un petit signe amical de la main !
J’étais encore dans la douceur angélique de mes pensées quand un « affreux pas beau » vint les éteindre sauvagement ! Le sergent de garde !
Celui-ci sortit du poste de police en trombe comme un pit-bull enragé, en aboyant des « horreurs » après moi !
_ Non mais ? Espèce de con ! ça va pas de laisser entrer les civils dans la caserne, comme ça ? Je vais t’expédier au trou vite fait, moi ! Ça va pas traîner ! Ah ! L’abruti ! Et tu sais qui c’est au moins ? Hein ! Tu as relevé son identité ? Comment on va faire pour « la » savoir maintenant !

Le Bon Dieu, qui protège toujours les innocents et les imbéciles, comme chacun le sait, fit en sorte que cette charmante enfant fut précisément la fille de notre colonel ! Ce qui m’évita, cette fois-ci, le « trou » promit ! Ce qui est quand même moins agréable qu'un compromis!

Quelques minutes plus tard, ruminant ma déconvenue et les insultes du chef, je pris de bonnes résolutions ! Ça tombait bien ! Une voiture se pointait, venant de l’intérieur du camp.
Je pris mon attitude la plus martiale, la plus virile pour faire stopper le véhicule, en me plaçant courageusement devant son pare-chocs, et en faisant un signe de la main, que des malfaisants auraient pu prendre pour le salut « fasciste » ! .
Ne jetant même pas un œil au chauffeur, je pris ostensiblement ma planchette porte-documents pour noter consciencieusement le numéro minéralogique du véhicule « suspect » !

C’est alors que le « pit-bull » ressorti de sa tanière encore plus vite que la première fois, en aboyant encore plus fort !

_Mais ? Espèce de crétin, tu ne vois pas que c’est la voiture du colonel ?

Il passa en trombe à côté de moi pour aller « servilement » faire de plates excuses à son officier supérieur !
Le regard noir qu’il me fit, en repassant, n’annonçait pas des choses réjouissantes pour mon matricule !
Que voulez-vous, la vie militaire implique des « dons » et des « réflexes » que je ne possédais sûrement pas !
Et je ne vous parle pas de la nuit ! Même dans ces pays chauds, il y fait froid !
Je me caillais joyeusement les « outils de reproduction », un matin, très tôt,
toujours dans mon « cercueil tricolore » quand, dans la pénombre
j’aperçus la silhouette caractéristique du légionnaire en goguette
à la « biture » avancée réglementaire, modèle 14, rectifiée 45, et au képi phosphorescent dans la clarté lunaire !
Avec un peu de pot, me pensais-je imprudemment, il va passer son chemin, et prendre celui de son cantonnement jouxtant le nôtre ! Mais cette nuit là, le « pot » n’était toujours pas avec moi !
Je le vois, avec une certaine appréhension, se diriger vers moi !
Je me dis alors, toujours très naïvement, et surtout pour me rassurer ; il va me demander du feu ou discuter un brin avec moi !
Mais le bruit que j’entendis alors, me fit sursauter !
C’était des petits reniflements « sangloteux » !
Et là, il m’arriva cette chose incroyable que peu d’hommes ont vécu!
J’ose le proclamer bien haut et fort !
Un légionnaire s’effondra dans mes bras, « en …….larmes » !

Ah ! Voir pleurer un légionnaire n’est pas commun !
Celui qui me dirait le contraire serait un fieffé menteur !
Mais ce qu’il me sortit tout à trac, au milieu de ses sanglots enfantins, me glaça les sangs, comme on lit dans les romans de Guy « des gares » ! Pardon ! De Guy Des Cars !

_Je, je viens de « planter » un flic algérien !

Ah ! Ouais ? C’est ça, mon coco ! Oh ? Comme c’est vilain ! coassais-je lamentablement
C’est bizarre, mais il me sembla soudain, qu’il pesait plus lourdement sur mes épaules ! Et puis rembarrer brutalement un légionnaire formé à toutes les techniques de combats à mains nues, s’avérait terriblement présomptueux, et pour tout dire, très imprudent pour le parfait petit être sensible et totalement pacifique que j’étais ! C’est fou comme on retrouve vite la voie de la diplomatie et de la bienveillance quand la trouille vous démange le fondement !
C’est ainsi que je réussis à le réexpédier sur le chemin de son casernement !
Je vous rassure tout de suite ; son crime « supposé » ne naviguait que dans le bocal d’alcool qui lui servait provisoirement de cervelle.
Nous n’avons jamais entendu parler d’un fait divers aussi sordide dans les environs !
Une autre fois, ce fut plus cocasse et plus émouvant. Je vis cheminer doucement vers moi, sur une vieille cane, un vieux musulman, dans sa djellaba blanche et immaculée.
Il faisait peine à voir, ce pauvre monsieur, tant il marchait avec difficultés et souffrance!
Il se planta devant moi, et me dit d’une voix douce et mourante :

_j’y voudri di papié pour rentrer en France ! Moi j’y fis la guerre avec les Français ! Tout partout !

Pour preuve de ce qu’il avançait, un placard de médailles impressionnant décorait (pour une fois l’expression était judicieuse !) l’habit du vieil homme !
Devant cette demande aussi incongrue que vaine, et ne voulant pas décevoir ce pauvre homme, je le fis entrer dans le poste de police, et s’asseoir sur un banc !
Comme le chef de poste tardait à venir, je lui tins compagnie quelques instants !
Son pauvre regard de « chien abandonné », où se devinait une détresse absolue, me déchira l’âme pendant longtemps !
Il me sortit alors cette phrase sublime ! Cette phrase inouïe, gravée à jamais dans ma mémoire, et qui de ce fait, en garantit son authenticité :

_Dis M’sieur ! Ça s’arrête quand « l’indépendance » ?

Voilà un pauvre hère qui n’avait pas dû bien saisir toutes les « subtilités » de politique internationale !
Cette réflexion d’un vieil homme usé, incite à méditer sur la vanité des choses d’ici-bas ! Mais je vous raconterai d’autres histoires qui se sont déroulées dans ce « cher » poste de police, pour des raisons tout à fait différentes, et pas tellement à ma gloire, je dois l’avouer humblement !

Et, comme le dirait un vieux « british » un peu rassis, se prénommant "Rudyard" ( il n’y a que des Anglais pour avoir des prénoms aussi « tartignols » !) :

« Ceci est une autre Histoire »

samedi 23 juin 2007

Dans les vieux pots….

Sur les ondes d’une radio, qui diffuse des sketchs et des chansons, j’entendais, l’autre jour, un jeune comique faire hurler une salle de rire en leur montrant la ringardise et l’obsolescence des revues et des journaux des salles d’attente des médecins et dentistes.


Alors là, je vous demande pardon, jeune homme !
Moi, j’en raffole ! C’est un de mes sports de prédilection !
Car je me suis aperçu avec bonheur que ces vieux journaux révélaient des trésors de comiques involontaires.
Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, je vous invite à les compulser avec beaucoup d’attention la prochaine fois qu’une dent de sagesse vous tracasse, ou qu’une bronchite tenace vous envoie consulter.
Comme l’année qui vient de s’écouler a vu des élections présidentielles, que l’on peut qualifier raisonnablement de mémorables, il doit encore traîner de vieux « Nouvel Obs »
des numéros du « Point », de « L’Express » etc..
Ne vous privez surtout pas du plaisir rare de relire les prédictions et supputations de nos élites éditoriales ! Si vous aviez quelques complexes concernant vos capacités d’analyste des situations politiques ou la valeur de certains candidats, ce sera pour vous une thérapie salutaire !
Car si l’on peut dire des tombereaux de conneries verbalement, malheureusement, les écrits restent !
Je dois dire, qu’à la grande honte de mon épouse, il m’est arrivé de demander au praticien que nous venions consulter, l’autorisation d’emporter une de ces magnifiques revues pour continuer une lecture passionnante, ou pour agrandir mes archives personnelles !
Certains petits malins vont sournoisement me faire remarquer qu’il en est exactement de même pour ma pomme ! Et ils auront raison, les monstres !
Alors si l’on doit tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, il est nécessaire de survoler dix fois son clavier d’ordinateur avec ses doigts avant de « pondre » des pensées « définitives » !

Amour thérapie

Les mecs! Faîtes gaffe! Je parle pour les timides, les coincés du falzar, les sinistrés de la gaudriole, les desséchés du vers à soie, les mous du bas, les cérébraux exclusifs, les platoniciens du sexe, les abandonnés de la bête à deux dos!
Il y a danger imminent!
Paraîtrait, d'après d'éminents spécialistes médicaux, que les hommes qui ne font pas assez l'amour risquent de mourir de crise cardiaque plus rapidement que les fous du sexe!
Pour les chauds lapins, et les stakhanovistes du "radada", l'espérance de vie est augmentée d'une manière considérable!

Alors, à toutes les houris du féminisme bien pensant et chatouilleux, en interdisant à ces infirmières bienveillantes que sont nos chères péripatéticiennes d’exercer leur thérapie sexuelle, c'est la vie et la santé de la population mâle que vous mettez ainsi en danger!
Y-avez-vous songé, ne serait-ce qu'un moment? Peut-être l'ignoriez-vous! C'est bien possible!

Mais maintenant, il faut rectifier le tir! Si je puis m'exprimer ainsi!
Hep ! Mesdames! Plus de migraines intempestives, plus de prétextes fallacieux et sournois pour vous soustraire à vos devoirs d'épouse et de maîtresse!
Il y va de notre santé et de notre vie!
J'espère que vous l'avez bien compris?
Sinon, c’est de la « mise en danger de la vie d’autrui ! »
Il y a des lois pour réprimer ce genre de délit grave !

vendredi 15 juin 2007

Les oreilles de la mer.

Dans ma vie, j’ai parfois aperçu des choses peu communes, et même pour tout dire, extraordinaires, mais bien au sens étymologique du terme, c'est-à-dire, « hors de l’ordinaire » Cela s’est passé durant mon séjour, toujours aussi « enchanteur », à Bou-Sfer ! Pour plus de précision, les évènements que je vais vous relater se sont dérouler juste à côté !
Dans la petite « station balnéaire » d’Aïn-el-Turck!



Pistonné comme je l’étais, j’y suis envoyé un jour pour une garde très « spéciale » ! Cette garde doit se dérouler de nuit, dans un endroit assez mystérieux, que mon sergent se refuse à me décrire. Ça commençait bien ! Voilà-t-y pas qu’on embarque dans un « tube » Citroën, avec un maître chien et sa « délicieuse » bestiole !

J’écris « délicieuse », car je vis un jour, un de ces redoutables guerriers (le maître ! Pas le chien !) assis piteusement sur un banc, de grosses larmes de désespoir coulant sur ses joues juvéniles !
_Qu’est-ce qui t’arrive ? Lui fis-je, plein de compassion, et de camaraderie militaire.
_C’est ce con de clébard ! L’émotion étant trop forte, il s’arrêta pour reprendre sa respiration.
_Oui ! Et bien ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ce « brave toutou » ?
_Il m’a bouffé mon chat !

Ah oui ! C’était atroce, pour sûr ! Mais il devait avoir un pois chiche dans le réceptacle qui lui servait de boîte à cerveau, pour ne pas savoir que les chiens et les chats n’ont pas la réputation bien établie de s’apprécier entre eux !
Sauf, comme casse-croûte à la rigueur !
« J’te bouffe ! Moi non plus » est la version animale de la célèbre chanson de Gainsbourg !
Le gentil toutou, qui avait à son « actif » deux ou trois cadavres était muselé ferme !
Car j’ai oublié de vous préciser que ces chiens étaient de vrais tueurs qui vous attaquaient silencieusement dans le dos !
Pas un grognement ! Pas un aboiement !
Dans la camionnette qui nous transportait ses mâchoires étaient à vingt centimètres
et dans l’axe parfait d’ustensiles précieux de ma personne
qui me permirent d’être « papa » quelques années plus tard !
Ce n’est pas qu’ils fussent d’une grosseur exagérée, mais « Rintintin » les auraient bouffés comme on avale vite fait deux olives lors d’un apéro familial!

Enfin bref ! Nous voilà partis pour une destination inconnue.
Nous traversâmes les faubourgs d’Aïn-el-Turck, et je me dis : « Chouette ! On va en ville ! »
Ah ! La naïveté de la jeunesse !
C’est qu’après les faubourgs, il y a une vaste garrigue « merdique » faite de buissons bas, rabougris, pas un arbre, la terre est ocre et pisseuse !
Bref ! C’était pas des jardins à la Française du style « Le Nôtre » !
Et je me dis : « mais qu’est-ce qu’on peut bien garder dans ce dépotoir végétal ? »
Surtout que ce terrain « très vague », mais alors là « très vague » se situait en pleine ville arabe. Il n’y avait aucune clôture, pas le moindre fil de fer barbelé, comme on aurait dû s’y attendre, pour garder quelque chose de vaguement « militaire » !
Et le pire de tout ! Pas le moindre éclairage, ni le plus petit lampadaire !
C’est alors que notre chef nous donna des consignes qui me firent dresser les cheveux sur la tête!
Ils nous donna d’abord nos pistolets mitrailleurs, et chose incongrue et terrifiante ; Des chargeurs « avec les cartouches » et « des » qui marchent comme des vraies
pour jouer à « tue-tue-pan-pan » comme dans la réalité !
Car il faut vous dire, que dans l’enclave de Mers-El-Kébir, enclave encore française pour quelques mois, nous n’avions pas le droit d’être armés, et encore moins d’avoir des balles.
On faisait toutes nos rondes avec des pistolets mitrailleurs sans chargeurs !
« Ubu roi » est bien français, n’est-ce pas ? Cornegidouille !
Ce que nous déclara alors notre « serpate chef » augmenta d’un cran mon angoisse !

_Vous avez ordre de tirer à vue sur tout ce qui s’approche du petit bâtiment que vous voyez là-bas !

Hein ! J’avais dû mal « esgourder » ou je devais faire un cauchemar éveillé ?

_Vous, vous êtes sûr sergent ? On, on, on a le droit de tirer ?

Coassais-je d’une voix piteuse, fort peu virile,
et surtout fort peu militaire !

_Absolument ! Non seulement le droit, mais l’ordre ! Vu ? Vous êtes des soldats ou des mauviettes ?

Bon ! Ça va ! On a compris ! Pas la peine de nous insulter par-dessus le marché!
Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Nous n’avions pas le droit de garder notre casernement avec des armes, et là, en pleine ville arabe, dans un terrain vague sans éclairage, la nuit, on nous demandait de tirer sur tout ce qui bougeait ?
C’était proprement hallucinant ! A ne pas croire !
Remarquez bien, qu’avec moi, aucune victime n’était à craindre !
Car je me souvenais, avec amusement, de mon premier contact avec cette pétoire que l’on appelle un pistolet mitrailleur Mat 49 !
« MAT » pour Manufacture d’armes de Tulle et « 49 » pour sa date de création !
C’était pendant mes classes à Orléans. On nous emmène tous un jour au « pas de tir », c'est-à-dire dans un endroit où l’on est censé nous apprendre à nous servir d’une arme de guerre et ceci, avec une centaine de soldats frigorifiés par un hiver rigoureux et sibérien.
Là, toujours avec le pot qui me caractérise, je fais partie des quatre premiers désignés pour tirer. Je n’avais jamais tenu une arme à feu de ma vie, et ne savais même pas le bruit que cela pouvait faire. Quant au cinoche de la télé ! Fume ! C’est bien du cinoche !
Donc, on devait tirer une petite rafale de dix cartouches sur une cible positionnée à cinquante mètres devant nous, dans un bâtiment clos sans toit, par quatre ouvertures carrées positionnées devant chacun d’entre nous.
Le tir effectué, on se précipitait devant nos cibles respectives pour annoncer notre résultat !
Vous dire que je fus surpris, ne serait pas exact ! Totalement paniqué, oui ! Et pour maîtriser cette chose hargneuse et sauvage, quelle galère ! Cette bestiole avait une furieuse envie de pointer son museau vers le ciel ! Par contre, le spectacle était joli ! Car on nous avait fourni des balles traçantes ! Sûrement pour mieux ajuster notre tir.
Je cavale tout fièrement pour me mettre devant ma cible !

Vierge ! Pas un impact !

J’ai beau scruter la cible, queue dalle ! Peau de zébie ! Nada !
J’ai pas l’air malin d’annoncer la nullité de mon score !
Heureusement, on a droit à une deuxième « tournée » !
Je m’applique bien cette fois-ci, en tirant la langue ! Je maîtrise autant que je peux le jet lumineux des balles traçantes, comme les petits garçons leur jet d’urine pour épater les petites copines, et je vais au résultat !

Vierge encore ! Toujours pas d’impact ! Ah les ricanements imbéciles des copains !

Par contre, j’ai mis sept impacts dans un rond de 15 cm à deux cents mètres avec un Mas 36, vieux fusil antédiluvien qui me causa un acouphène pénible pendant trois jours.

On a sa fierté quand même ! Je suis un « classique » !
Rien ne vaut un bon vieux fusil !
On ne nous dit pas, à nous les soldats, que ces putains de casques lourds font caisse de résonance! Pendant les conflits armés, ils doivent tous être sourdingues, c’est pas possible !
Voilà pourquoi, l’ordre de mon sergent, de tirer sur « tout ce qui bouge », me laissait perplexe.
Je craignais fort qu’il y eut des victimes vraiment collatérales pour le coup !
D’après les racontars, force clebs errants et quelques autochtones imprudents avaient péris de s’être aventurés en ces lieux maudits.
J’ai commencé ma ronde, avec ma lampe torche, dans l’état d’esprit que vous pouvez imaginer !
La petite chose en béton que l’on devait garder, était d’une discrétion bien dans sa fonction.
C’était un tout petit local blanc, pas plus grand qu’un abri de jardin, au toit plat, et possédant tout de même une vaste fenêtre.
Dans le noir absolu de cet endroit infernal, c’était la seule chose éclairée qui donnait une vague impression de vie rassurante ! Au moins, un être humain devait se trouver là dedans !
La curiosité, la trouille, le besoin de chaleur, l’ennui, m’attiraient irrésistiblement vers ce local, comme le papillon de nuit vers le lampadaire éclairé de la rue.
L’ordre formel nous avait été donné de ne pas nous en approcher. On devait le garder, un point, c’était tout !
Mais vous connaissez ma curiosité maladive ! Rien n’y résiste ! Pas même les consignes d’un sergent de « mes deux » !
J’approche donc de la fenêtre.
A ce niveau du récit, il me faut vous dire que je risque peut-être ma peau de dévoiler ainsi des secrets militaires ! Je sais qu’il doit y avoir prescription, mais quand même !
J’aperçois donc, un jeune opérateur assis à une table, et ayant devant lui des appareils électroniques bizarres.
Il m’aperçoit à son tour, car j’étais dans la lumière de son local.
Mais au lieu de l’air renfrogné et sérieux, auquel je me serais attendu, c’est au contraire à un visage souriant et sympathique que j’ai affaire. Et comble de bonheur, il me fait signe de venir le rejoindre ! Je suis tellement interloqué par cette invitation incongrue que j’hésite à entrer !
Il répète alors son invitation silencieuse par un geste de la main sans équivoque.
A mon avis, il doit se tartir, se faire suer, et la solitude angoissante de la nuit doit lui peser autant qu’à moi.
J’entre dans cette cahute bétonnée, et c’est tout de suite la stupeur ! J’entends d’abord de drôle de bruits, des sifflements, des bourdonnements inquiétants !
Et là, sur le mur, j’aperçois des silhouettes noires que je prends stupidement pour des poissons !

C’était pas des poissons !
Ou alors de très gros poissons !
C’était des sous-marins !
Le sourire de mon compagnon se fait plus large, car il comprend mon étonnement !




_Bonjour ! Alors c’est toi le « puni » de service ? Me lançait-il, un rien goguenard !

_Oui ! Oui ! Mais qu’est-ce que vous faîtes ici ?

_Ah ! Ah ! Ça t’impressionne ? Hein !
Ben figure-toi que nous sommes des oreilles très spéciales !

_Tu vois ces silhouettes de bateaux et de sous-marins ? Et bien nous sommes chargés de les repérer et de les écouter !

_Comment ça ?

_Oh ! C’est très simple, nous avons disposé au fond de la mer, dans des endroits très secrets, des micros spéciaux que nous appelons des « hydrophones » ! Ces hydrophones sont chargés d’écouter tous les bruits qui se produisent sur des dizaines de kilomètres à la ronde.
Et comme tu l’ignores peut-être, chaque navire a sa signature sonore ! Nous sommes capables de distinguer un petit cargo, un gros tanker, un paquebot, et surtout des sous-marins !
D’ailleurs, pour ne rien te cacher, c’est notre mission essentielle ! Nous avons la signature sonore de tous les sous-marins soviétiques, et américains. Et à l’oreille, je les écoute et tente de les localiser en fonction de la position de l’hydrophone.

Ah ! Je comprenais mieux les « précautions » un peu expéditives de nos supérieurs, pour garder cet endroit. Nous étions alors, en pleine guerre froide, mais qui était très « chaude » ailleurs.
Il me montre alors, un combiné téléphonique tout à fait ordinaire.

_Nous sommes reliés directement au ministère de l’Intérieur par cette ligne, sans passer par aucun standard ou relais privé !

Pourquoi « l’Intérieur » me dis-je dans ma barbe juvénile ? Et pas le ministère de la Marine ?
C’est un mystère que je n’ai jamais élucidé depuis !
Je suis quand même sorti vivant de cette garde d’enfer ! Et j’y ai appris, par la même occasion une chose surprenante ;

La mer aussi a des oreilles !

jeudi 14 juin 2007

Montaigne, mon Maître


Nous n'avons pas beaucoup de guides, ici-bas, qui méritent notre estime et notre admiration, qui emplissent notre cœur d'une reconnaissante sans bornes.
Les "guides" de la révolution, les "maîtres" à penser, les "caudillos", les "petits pères des peuples", les grands "timoniers", les génies des "Carpates", les "Führer" nous en avons eu à foison durant le siècle de fer qui vient de se terminer.
Mais celui-là ne m'a jamais déçu ni abandonné.
J'avais fait sa connaissance, comme tout le monde
(je parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître), au collège.
Bien qu'il parlât une langue un peu rêche, un peu vieillotte, pour ne pas dire ridicule, j'avais déjà été ému par sa jovialité et sa bonne humeur qui transparaissaient malgré les sombres citations de lui, que l'on nous forçait d'ingurgiter.

Car Montaigne n'est pas un philosophe froid et prétentieux.

C'est tout le contraire! C'est l'homme de l'intimité et du bonheur de vivre.

"Moi, je m'aime bien! Je me "roule" en moi-même"

Ce n'est pas de l'égocentrisme, c'est simplement l'expression d'une joie de vivre saine et naturelle.

Lui l'épicurien qui se faisait réveiller en pleine nuit pour goûter à la joie de se rendormir!

Mais surtout, surtout! Montaigne est le philosophe de la Liberté!

Liberté de conscience et de pensée dans quelque domaine que ce soit!

Lui, qui vécut la tragédie épouvantable des guerres de religion, aurait infiniment de choses à nous apprendre encore!

S'il vivait parmi nous, il haïrait comme je hais tous les idéologues, tous les "petits marquis" de la pensée qui se prétendent modernes et qui ne sont que les gôliers du génie populaire.

Il voulait que l'on donne à tous les hommes, sans exceptions, les moyens intellectuels de se forger un jugement personnel sans "cornacs" prétentieux et liberticides!

"Les hommes sont comme des abeilles qui pillotent de-ci de-là et qui font un miel qui est tout leur"

Comme il serait bien malheureux dans notre époque détestable du "prêt à penser !"

"On nous a tant assujetti aux cordes, que nous n'avons plus fière allure!"

Mais l'espoir revient! Un de ses admirateurs et vrai serviteur vient d'en faire une traduction en français moderne pour qu'il soit enfin redécouvert et lu, comme il le mérite! La fin du 16ième siècle et notre époque tourmentée ont beaucoup de point commun. Mais je ne vois point arriver à l'horizon de nouveaux "Vert-galant !"


PS. Les citations du grand homme sont faites de mémoire! Alors soyez indulgent si elles ne correspondent pas tout à fait à celles des "essais"

mercredi 13 juin 2007

Caïn n’a pas tué Abel

C’était un collège privé d'une ville de la banlieue parisienne.
Il était dirigé par deux moines défroqués. Son propriétaire était un petit corse d’ un mètre soixante au garrot, habillé comme un mafioso de Chicago des années trente, c'est à dire d’un chapeau de feutre gris avec une bande noire, d’un manteau en poil de chameau beige jeté négligemment sur les épaules, d’un costume rayé trois pièces, de pompes bi-colores noires et blanches. Il avait un visage rond, ridé, à la peau mate, planté d’un long fume-cigarette. Sa femme, aux cheveux blancs et au bon sourire de normande, faisait un mètre quatre vingt bien sonné, en étant deux fois plus large que lui. Ceux qui penseraient à un meuble très connu, de la même origine, n’auraient pas tout à fait tort!
Ce petit collège privé représente pour moi les plus merveilleux souvenirs d'une scolarité chaotique.
J’avais pour joyeux compagnons le fils d’un sénateur communiste, celui d’un député « UNR » très célèbre, qui était en même temps le neveu d’un amiral trublion et « écolo » avant la lettre. J’avais aussi pour copain le fils d’un célèbre présentateur radiophonique qui avait été exilé en Corse, (j’écris bien « exilé ») parce qu’il était un farouche anti-gaulliste !
Vous saupoudrez le tout de surveillants de l’île de beauté, à la mine sombre et fière, et vous aurez une petite idée de notre « arche de Noé » scolaire .
Mais il y avait surtout notre professeur de mathématique, Monsieur Caïn.
Une terreur ! C’est surtout l’impression qu’il nous faisait !
D’une maigreur cadavérique, le visage émacié secoué, de temps à autre, de rictus clownesques, des lunettes corrigeant une forte myopie, il avait tout pour nous inspirer une crainte terrifiante.
S'ajoutait à cela un esprit féroce, à la répartie cinglante et aux anathèmes définitifs sur nos qualités intellectuelles très limitées.
Un jour, un élève plus audacieux ou plus inconscient eut le malheur de provoquer sa colère.
Il s'approcha de lui, et devant la classe médusée, il releva la manche de son veston pour montrer un avant bras décharné. Près de quarante ans après, je revois cette série de chiffres bleus, comme celles que l'on voit parfois sur certain quartier de bœufs dans les boucheries.

_Quand on a vécu çà, ce n'est pas un petit "merdeux" de ton espèce qui va me faire peur!


La sentence définitive foudroya l'indiscipliné pour le reste de l'année scolaire.
Longtemps la crainte panique m'empêcha de le considérer avec sympathie.
Pourtant, quelques années plus tard, les circonstances voulurent que j'eus besoin de lui pour des cours particuliers. Je rencontrais alors un homme doux, charmant, affable, d'une grande délicatesse, et surtout d'une grande bonté et d'un grand respect pour le petit élève timide que j'étais! Merveilleux bonhomme qui hantera toujours mon esprit et mes pensées!
Non! Définitivement, pour moi, Caïn n'a jamais tué Abel!

dimanche 10 juin 2007

Histoire champêtre!

Pisse que j'en vois qui s'ennuient, je m'en va leur raconter une histoire ben triste qui m'est zarrivée l'aut'e" souère"!
Avec ma bourgeoise, vla-t-y pas que nous rentrions à la crèche, avec ma torpédo modèle 1935
à une allure que mon canasson, la "rossinante" qu'on l'appelle par cheux nous, y l'aurait pu nous dépasser, vain diou!
Pour rentrer à la ferme y m'faut longer la route sul la gauche!
Ma bourgeoise, qu'a des yeux qui traînent partout, y m'dit qu'a une fumelle qui m'suit avec un bolide qui sort au moinsse de chez Bugatti!
Et pi sans z'être vulgaire comme l'Etienne qui crache partout comme un Lama des Zandes, comme j'ai vu une fois dans un album de Tintin, j'vous dirai qu'cette fumelle, elle me reniflait l'parechoc qu'on aurait dit le chien de l'Marie quand il est en chasse!
Elle m'double par la droite en s'couant ma pauv'boite à sardine que s'en était une misère! Bon diou de sacre bleu! Qu'y j'dis!
Ben la v'là bien attrapée! V'la feu qui passe au rouge!
Moi j'suis à côté d'elle, sur mon feu à moi, à gauche!
Au vert, v'là t-y pas qu'elle part comme une diablesse, comme une sorcière allant au sabbat! Avec un boucan de tous les diables!
Et v'là la chose surprenante! Qui m'a laissée sur le flan! J'avions jamais vu une chose pareille!
V'là t-y pas qu'elle passe la main à la portière en levant un doigt en l'air!
_Qué qu'c'est que çà qu'elle me lance la Germaine?
_T'as vu Firmin? Elle veut-y prendre la direction du vent? Mais pourquoi ben faire?
Pourtant y f'sait beau!
C'est p't' être qu'avec ces voitures du diable y faut faire attention au courant d'air?
Si quéqu'un par ici dans vos boites électroniques et tout le fourbi, vous pouviez nous esspliquer, à moi et à la Germaine ce drôle de geste qu'est p'être un nouveau signe du code de la route!
J'voudrai pas avoir des ennuis avec la maréchaussée, si faudrait que j'le connaisse moi aussi!
Firmin de Mézidon le Graveleux

Cadeau gratuit


En feuillant une de ces innombrables publicités reçues à la maison, et qui ont contribué au sacrifice inutile d'arbres magnifiques, je suis tombé sur ce titre: "Cadeau gratuit"
En voilà une idée, qu'elle est bonne! Quelle chance! J'aurai pu tomber sur un cadeau qui coute cher!
Quand une hétaïre vous dira d'une voix timide et faussement gênée:
_Chéri! N'oublie pas mon petit cadeau!
Vous lui répondrez, grand seigneur:
_Tiens! Aujourd'hui, je suis bon prince, je te file un cadeau gratuit!
Faites gaffe quand même en ressortant, de ne pas être apostrophé par un individu louche et très vénal!
Nous sommes à une époque magnifique où même les cadeaux que vous recevez coûtent la peau des fesses!
Alors quand on vous offre un cadeau gratuit, surtout ne faites pas la fine bouche, acceptez-le!

samedi 9 juin 2007

Ti-ti, ta-ta, et radada


Je dois vous parler maintenant, d’un langage, d’un moyen de communication qui a disparu, mais qui, pendant plus d’un siècle, a relié hommes, bateaux et avions.
C’est le morse !
Au fond, c’était une sorte de « SMS » de notre époque.
Puisque je l’évoquais tout à l’heure !
Langage fait de « points » et de traits » sonores qui, grâce au merveilleux alphabet inventé par Samuel Morse, permettait d’envoyer toutes sortes de messages à travers le monde entier ! Et comme je suis un petit gars pratique, aimant faire partager mes connaissances, je vous donne le lien de « wikipedia » qui vous en dira bien d’avantage :

Pourquoi je vous en parle ? C’est là que les choses deviennent vraiment passionnantes et vraiment extraordinaires.
C’est qu’à la fin des années soixante, dans le transport militaire français,
on continuait à « trafiquer » (comme on le disait dans notre jargon) en morse !

Ouais m’sieur dames ! Comme je vous en « cause » !
Je parie qu’il y en a encore qui ne vont pas me croire !
C’est pourtant l’exacte vérité.
Et j’en ai été le témoin attentif pendant les huit mois de mon séjour sur la base de Bou-sfer en Algérie, en 1967 !
Je n’aurais pas dû mentionner cette date. Il y a maintenant de charmantes jeunes femmes qui vont pousser des soupirs de regrets, quand elles vont comprendre la longueur de mon pedigree !
Mais je me sens toujours jeune, hein ?
Rien à faire !
Bon ! Maintenant c’est râpé pour la drague ! (J’ai toujours été d’une maladresse !)

J’avais donc l’honneur de servir dans la STB (Section des Transmissions Base)
Moi, dans le « glorieux » métier de standardiste, et mes petits camarades, dans celui beaucoup plus banal et vulgaire « d’opérateurs radio » !

Ils avaient fait cinq mois de stage spécialisé à Nantes pour maîtriser ce merveilleux langage et toutes les techniques de transmissions militaires.
Ils étaient tellement passionnés et « fondus » par leur fonction, qu’ils écoutaient les messages en morse sur leur poste personnel, pendant leur jour de repos, dans la chambrée où j’avais le malheur supplémentaire de pionçer avec eux!
Car bien sûr, ils travaillaient jours et nuits, comme moi d’ailleurs !
Complètement malades, je vous dis !
Je finissais par les avoir en horreur, ces « titi-tatata » de malheur !

Ils avaient l’oreille si fine et si professionnelle, qu’ils pouvaient reconnaître un collègue à 2000 kilomètres de là, rien qu’à la frappe particulière de celui-ci, sur son manipulateur !
Un peu comme des mélomanes pointus savent reconnaître le pianiste qui joue du Chopin à Pleyel sur leur chaîne HI-FI !
Leur abri en acier galvanisé jouxtait les bâtiments de la tour de contrôle.

Il y faisait quasiment 40 à 50° à l’intérieur, tous les jours d’été !
C’est vous dire qu’ils rêvaient infiniment plus
de « banquise » de « pingouins », de « pistes de skis »,
de « monts enneigés » que de cocotiers ou du sable fin des Seychelles !

Quand je pense encore à la chanson de ce pauvre ignorant d’Aznavour…….. !
M’enfin !
Faut bien faire plaisir aux « fans » de nos chorales !Voilà, je pense vous avoir bien planté le décor !
Et ce n’est que le décor !
Car la suite arrive !

Par un dimanche de « très mauvais » temps toujours « connement » ensoleillé et sans un nuage, un « soldat-poisson rouge » continuait de s’emmerder ferme dans
son « bocal-standard-téléphonique » !

C'est-à-dire « bibi » ! Je pense que vous m’aviez reconnu !

Soudain, mon petit camarade Belmonte fit irruption dans ma cage à serin, sans précaution, sans même prendre la peine de frapper, et sans savoir si j’étais en communication !

Et alors ? J’ai bien le droit de me métamorphoser en « serin » si ça me chante ?

Et la liberté de « l’artiste » ? Qu’est-ce que vous en faîtes ?
Donc, ce brave camarade opérateur, que je n’avais jamais vu si paniqué, me hurle dans les trompes d’eustache :
_Gilbert, j’ai perdu mon avion !
_Hein ? Comment ça, t’as perdu ton avion ? Quel avion ?

Nous nous précipitâmes dehors pendant qu’il continuait à me claironner dans mes portugaises saturées sur le plan acoustique, les motifs de son angoisse :

_Ben ouais ! J’attendais le « constel » de la SAR !
Et quand je me suis mis sur leur fréquence, viens voir ce que j’ai entendu !

Il me traîne alors dans le « four à pain » lui servant de lieu de travail !

Et là, effectivement, j’entends un sifflement continu à vous percer les tympans !

_Qu’est-ce que je dois faire ? Je préviens le colonel ?
Le gars de la tour n’arrive pas non plus à les joindre en « phonie » !

_Et il devait se poser quand ton zinc ?

_Ben quasiment maintenant !

_Et il venait d’où ?
_D’Istres !


Vous allez voir comme on est ponctuel dans l’aviation !

Car juste à ce moment précis, on entend le léger grondement caractéristique de quatre moteurs à piston !
Dans un réflexe simultané nous levons les yeux vers le ciel, toujours aussi connement limpide et dégagé !
Et là-haut, à plusieurs milliers de mètres au-dessus de nous, la silhouette menue et diaphane d’un quadrimoteur arrivant tranquillement de la mer, passe au-dessus du terrain, et s’enfonce dans les terres, vers le désert !


_Mais qu’est-ce qui fout ce con ? Mais qu’est-ce qu’il fout cet abruti ?


Je vous prie de pardonner ce langage un peu vert des jeunes bidasses que nous étions à cette époque !

Bon ! Comme c’était pas mon problème, et avec le bel égoïsme qui caractérise la jeunesse, je suis rentré dans mon bocal-cage ou ma cage-bocal (à vous de choisir !)





















Une demi-heure plus tard, j’entends le crissement d’un train d’atterrissage sur le béton, ainsi que le
rugissement des quatre moteurs « Pratt-and-Witney » en « reverse » pour freiner à mort !
Tiens ? Me dis-je !
« L’oiseau a enfin retrouvé son « nid » !
Je pense au soulagement de mon camarade.

Le soir, dans la chambrée, je suis allongé sur mon lit. Je bouquine sagement quand la porte s’ouvre sur un Belmonte qui se précipite vers moi, le visage hilare et détendu du type qui vient d’échapper à la noyade !

_Tu sais pas ce qu’ils ont fait ces cons ?


(Pardonnez-lui encore cette vulgarité toute militaire !)


_Ben figures-toi que tout l’équipage était entrain de « taper le carton » à la queue de l’appareil, et que cet abruti d’opérateur radio s’était endormi sur sa table, le coude sur le manipulateur ! Tu te rends compte quand même ? Ils avaient même plus fait gaffe à l’heure !

Ce n’était pas la première fois que les équipages de la SAR se faisaient remarquer !
C’était les meilleurs pilotes qui soient !
Il le fallait bien, puisque c’étaient eux qui étaient chargés du secours et du sauvetage des avions perdus en mer ou sur terre !

Le vieux « Lockeed 1049 Constellation » était une vieille carne ayant servi dans la compagnie Air France, dans les années 50 !
Il était équipé de quatre énormes hublots ovoïdes, de chaque côtés de la carlingue, par lesquels de jeunes appelés passaient des heures entières à scruter le sol ou la surface des flots.

Tout ceci à très basse altitude ! Parfois, pas plus de cent mètres !
L’avion épousait ainsi le relief du sol.
Ce que ces pilotes chevronnés et casse-cou appelaient « faire du radada » !
S’il a d’autres explications plus graveleuses à l’emploi de ce terme, je n’en suis absolument pas responsable !

Vous dire que les missions de ces équipages étaient dangereuses et éreintantes seraient un euphémisme insultant !
C’est pour cela qu’ils bénéficiaient de la part de leur hiérarchie d’une mansuétude que l’on n’aurait pas accordé à d’autres !

C’est ainsi, qu’il arrivait fréquemment que le mini-bus de l’escale des officiers alla chercher vers cinq heures du matin, un équipage au trois quart ivre mort, que l’on extrayait tant bien que mal par les pieds d’un appareil qui venait de se poser !

Ah ! On savait vivre à l’époque !

Malgré leurs « excès » leur « intempérances », leur mentalité de « foirineurs », de
« bambocheurs », de « noceurs convulsifs »
fréquentant assidûment l’hôtel particulier du BMC, ils n’ont jamais eu le moindre accident ou incident !


Pour illustrer mon propos, rien de tel qu’un petit exercice pratique : les « ° » sont des points, et les «-» sont des traits ! (message torride et humide) !










(° ° - / - ° ) (- - ° / ° - ° / - - - / ° ° ° ) ( ° - - ° / - - - / ° ° - / - / - - - / ° ° - / )


(- ° ° ° / ° - / ° ° ° - / ° / ° ° - / - ° ° - ) ( ° - ) (- ° - ° / ° / ° - ° ° / ° - °° / ° / ° ° °)

( - - ° - / ° ° - / ° ° ) (° - / ° ° / - - / ° / - ° / - ) (- ° - ° / ° - )


mardi 5 juin 2007

Le bel arc-en-ciel.

Comme beaucoup de passionné d’aviation, je ne peux m’empêcher de passer devant les étals des librairies sans rechercher de beaux livres sur les avions.Hier je flânais donc dans les rayons d’un grand supermarché.
Un splendide album attire mon regard.
Il parlait des avions de légende qui ont fait la gloire du ciel français.Et là en feuilletant distraitement ses pages, je tombe en arrêt devant une photo.Ce n’est pas l’image de ce bel oiseau qui me fascine. Il s’agit pourtant du Couzinet n°10, le prédécesseur malheureux de l’arc-en-ciel de Mermoz qui s’écrasa lors de ses essais en vol à Orly.Mais une longue silhouette filiforme et des traits du visage que je reconnais pour m’être familiers !

Mon grand-oncle paternel ! L’oncle Jules ! Le teigneux ! L’ouvrier, le tourneur hors pair qui « choisissait » ses patrons, et qui leur flanquait sa boite à outils à travers la figure quand il ne les aimait pas ! Il faut croire que Monsieur Couzinet fût un patron remarquable pour que mon oncle participa à l’élaboration de ses avions !

Pour preuve de ce que j’avance ; je possède un document rarissime ! Une photo dédicacée de la main même du grand constructeur français !
Cette photo jaunie et un peu froissée par le temps, représente précisément ce prototype n°10 de l’arc-en-ciel qui s’écrasa peu de temps après !
En fond d’image, on aperçoit les bâtiments de l’aérodrome du Bourget.
Cela se passait en 1928 ! Cela ne nous rajeunit pas ! N’est-ce pas ?
Mais savez-vous quel fut le dernier engin que préparait ce grand ingénieur français, au milieu des années cinquante, au moment de son suicide tragique ?

Une SOUCOUPE VOLANTE !

Incroyable ! Mais…….vrai !

la photo que vous voyez est bien celle que construisait Couzinet au moment de sa mort.

PS. Je vous donne le lien d'un site complet sur le sujet!


Mais tout ceci ne vaut pas un bel arc-en-ciel, un vrai! De chez moi!

samedi 2 juin 2007

Une souris verte…


Une souris verte,
qui courrait dans l'herbe,
Je l'attrape par la queue!
Je la montre à ces messieurs……

Qui n'a jamais entendu cette petite chanson enfantine?

Mais quand c'est chanté par une classe d'adorables gamins à la peau sombre et aux cheveux crépus, à plus de vingt mille kilomètres de la métropole, cela provoque chez moi une émotion particulière et beaucoup de nostalgie.

Il s'agissait d'une classe de maternelle dans un petit village canaque de Nouvelle Calédonie.

Je revois mes bambins et mes neveux, au même âge, la chantant de la même manière, avec le même enthousiasme juvénile.

Cela devrait donner aussi deux grandes leçons très précieuses au monde adulte.

La première, évidente et lumineuse, c'est l'universalité de l'enfance.

Ils sont tous rigoureusement identiques, ces charmants petits moineaux qui babillent, crient, chantent et pleurent parfois!

Dans la poussière de l'Afghanistan ruiné, comme dans la cours d'une école de Neuilly, dans les quartiers pauvres de Beyrouth ou de Gaza, ou dans une maternelle du cœur de Londres, ils sont frères jumeaux par le comportement et la joie de vivre.

La deuxième, c'est le bonheur de la francophonie!

Savoir que des petits gamins fortement éloignés les uns des autres commencent leurs armes "culturelles" par les mêmes petites mélodies aux paroles, que des cœurs insensibles et trop intelligents qualifieraient de niaises, voilà qui me met au comble de la joie!

Voyez comme peu de choses suffisent à mon bonheur.