
S’il existe plusieurs catégories de naufragés comme celle du « radeau de la Méduse », comme celle de notre universel Robinson Crusoé, comme celle du volontaire et courageux Alain Bombard, il en est une complètement ignorée ; C’est celle de naufragé touristique.
Pour des raisons qui me seraient trop longues à vous expliquer, et qui ne vous regardent en aucune manière, je me suis retrouvé seul dans une résidence du Touquet.

J’échouai là, avec quelques vêtements, quelques nourritures, et heureusement une bonne paire de jumelles et quelques lectures.
Ne craignant pas la solitude et gardant mon sang-froid, je décidais, dès le lendemain de partir à la découverte de ce milieu hostile et sauvage.

Dans l’intérieur des terres, de grandes forets de résineux et d’essences diverses sont traversées de larges routes bitumées et ombragées.
Des huttes de la tribut des sauvages « rupinosses » (les plus redoutables) sont à peine visibles dans ces bois profonds.
Les « rupinosses » se déplacent parfois sur de drôles d’animaux aux longues jambes et qui possèdent une longue queue pleine de poils !

Mais c’est le regard de la femelle « rupinosse » qui est le plus à craindre.
Un seul coup d’œil peut vous réduire en cendre !
C’est pourquoi je prenais bien soin de me cacher derrière un tronc d’arbre à l’approche d’une horde en vadrouille.
Je me suis aperçu avec angoisse, que plusieurs races de prédateurs régnaient en ces lieux maudits.
Tout d’abord les «pognon-pognon », moins dangereux, circulant dans des tas de ferrailles rutilants,

Mais les plus cannibales, les plus voraces c’était les abominables mangeurs d’euro !
Les « flouze-flouze » !
Un jour que je sortais un malheureux petit billet de 10 euro, ma main faillit être

happée tout entière par leur mâchoire redoutable.
Je n’eus plus, comme solution que de me réfugier dans ma « chambre-caverne » et de survivre avec quelques denrées sauvées du naufrage.

Les hurlements de ces pauvres bêtes à l’agonie étaient proprement insoutenables !
Pas âme qui vive pour soulager mon angoisse dans cette guerre impitoyable et cruelle !
Mon « Vendredi » vint sous la forme d’une jeune touriste allemande avec qui j’échangeai quelques mots un soir, et qui repartit rapidement pour continuer à subir son esclavage dans une tribu de « rupinosses » qui l’exploitaient outrageusement !
Enfin, le samedi matin, mon canot automobile daigna faire ronronner son moteur, à mon grand soulagement !
Et je quittai cet endroit abandonné de Dieu et des hommes pour revenir dans le monde civilisé de mes « pèquenots » de Seine et Marne !
Pas besoin d’être Tabarly et d’aller dans les "Galápagos » pour connaître l’aventure ;
A deux cents kilomètres de Paris, çà suffit largement !