vendredi 11 décembre 2009

Un ange protecteur








Entre la France et l'Angleterre

Quand ils auront fini leur pont
Je pourrai pêcher sans m'en faire
De Paris à London
Z'à London, London {x3}
Pêcher la crevette
Z'à London, London
Pêcher le petit poisson

Vous aurez remarqué que j’aime bien commencer mes petites histoires par une jolie chanson.
Chère Petula Clark ! Une adorable « british » qui a bercé mon adolescence!
Je suis donc parti, avec mon épouse, pour cette cité grouillante de perfides « roast-beef » pour aller voir mon fiston récemment installé là-bas, afin de calmer la grande inquiétude d’une mère au désespoir. Nous les pères, on s’en fout ! On est totalement inconscients et égoïstes.
Dès que « l’oisillon » s’envole, on pousse un gros soupir de soulagement, en pensant cyniquement que cela fait une bouche de moins à nourrir et surtout, plus de place dans la maison. Mais les mères…..Bon !
Je n’insiste pas, vous connaissez aussi bien que moi !
Cela faisait plusieurs décennies que je n’avais pas remis les pinceaux dans la capitale des « grands bretons ». A mon époque, j’avais encore la « joie » et le « bonheur » de prendre divers engins flottants pour rejoindre les bords de la Tamise. Et comme j’ai toujours eu l’idée extraordinaire de voyager l’hiver, je ne vous explique pas les nombreuses fois où mon estomac a été martyrisé par un Neptune en colère.
Là, rien de tel ! L’Eurostar ! Deux plombes et demie, et vous êtes dans le cœur de Londres.
Presque déçu ! Moi qui me faisait une fête de prendre le tunnel. Je me disais ; je vais avoir des sensations bizarres, des sensations fortes. Des frissons d'extases en passant dans le long tunnel, déjà rêvé par Napoléon, mais pour d'autres raisons peu avouables! Eh ben.....rien ! Comme dans un vulgaire métro parisien. Je me suis retrouvé à Londres en me demandant si j’étais bien parti de Paris. Ce qu’il y a de désespérant dans la modernité, c’est qu’elle vous ôte toutes les saveurs merveilleuses que procure l’aventure. Fini le tape-cul de l’overcraft et ses vitres embuées où l’on ne distinguait même pas les vagues de la mer !
Fini la plongée vertigineuse dans les gouffres liquides d’un océan déchaîné. Fini les haut-parleurs crachant sans arrêts des : « On demande d’urgence, le docteur Untel à la passerelle ! ». Fini l’arrivée goguenarde d’un serveur au bar du ferry, et qui lance à la cantonade, au milieu de passagers en train de vomir leurs tripes : « Ah ! Je viens de me farcir un bon steak, ça fait du bien » !
Et maintenant ? On a droit à quoi? A une rame de « métro » aseptisée où la seule aventure est de ne pas renverser son verre de coca sur son voisin de siège, et de pas ronfler en roupillant pour que les lèvres d’une épouse outrée, ne se pincent pas à cause du manque d’éducation de son gros « porc » de mari.
Bref ! Nous avons donc débarqué à Saint Pancras, au cœur de Londres, au milieu de la matinée. « L’enfant prodigue » attendait ses parents à la sortie de la gare. Nous avons pris ensemble le « tube » pour rejoindre notre hôtel dans Sussex Gardens. N’allez pas croire que dans ces « jardins » on se livre à des activités que la morale réprouve, mais le nom de cette belle contrée anglaise a toujours provoqué chez moi, l'hilarité de l'indécrottable potache que je suis toujours resté. Et Sussex Gardens n’est que le nom de l’avenue où se trouvent une ribambelle d'immeubles à loger le touriste, tous identiques, et que l'on nomme bien imprudemment « hôtels ».
Là, nous nous sommes heurtés à une logique tout à fait « anglo-saxonne » n'ayant rien à voir avec la nôtre qui est toute cartésienne. Nous sommes bien entrés dans l'hôtel pour lequel nous avions fait nos réservations. C'est quand nous avons demandé nos chambres que cela s'est gâté! Le concierge nous a fait ressortir pour nous faire entrer dans un établissement, à l'enseigne différente, sur le même trottoir, mais plus loin! Et au troisième étage sans ascenseur, par un escalier d'une telle étroitesse et d'une telle raideur, que cela ressemblait plus à la grimpée sur l'Anapurna qu'à une arrivée dans une suite du Crillon à Paris!
La chambre était correcte, mais sans plus. Par contre, je ne sais pas si nous étions à côté de la chaudière de l'immeuble, mais il y régnait une chaleur suffocante! Et aucun moyen de réglage, bien sûr! Après une nuit sans histoire, nous nous sommes réveillés « frais et dispos », comme on écrit dans les romans à deux balles. J'avais hâte d'aller claper « the breakfast à l'english! ».
Car je sais qu'il est copieux et bon. Pour cela, après la toilette et la descente de notre massif montagneux, nous devions revenir à notre point de départ, ressortir dans la rue, entrer dans l'hôtel, traverser un couloir, descendre dans le « basement » où se trouvait la salle du restaurant. Tous ceux qui connaissent l'architecture des villes anglo-saxonnes, comprendront la disposition de cette salle, en sous-sol donnant sur une minuscule cour, entre le mur et le trottoir. Dès l'entrée nous apercevons quelques tables et chaises bien rangés, dans un décor d'une banalité à pleurer. Un jeune homme est déjà assis, qui nous fait face et qui nous souri. On s'installe sur une table devant lui. Je me défais de mes vêtements, ainsi qu'Annie. On se met à l'aise, et l'on va à la pêche des bonnes choses mises à notre disposition. Rien que du très ordinaire. Distributeur de café, de lait chaud, et un grille pain avec un curieux petit tapis roulant qui a du faire la joie d'un gagnant d'un « concours Lépine » londonien. Bref! On va se ré-asseoir avec nos victuailles, et nous déjeunons sans problèmes. La salle se remplit des clients de l'hôtel. Un couple de femmes, une famille en voyage, un homme solitaire, etc...
C'est au moment de partir que le drame survint! Et quel drame! Je mets mon manteau et au moment de saisir ma mallette en cuir contenant tous mes papiers, je m'aperçois avec horreur qu'elle a disparue! Et je comprends, en une fraction de seconde qu'on ME LA VOLÉE! Il n'y a pas d'autre hypothèse!
Car je suis sûr et certain de l'avoir prise avec moi, d'antan plus que nous devions sortir nous promener après. Je suis pétrifié par l'angoisse et la surprise! Même pas en colère! Seulement angoissé! Je fonce à la chambre par acquis de conscience en sachant pertinemment que je n'y trouverai pas ce que je cherche. Effectivement. La mort dans l'âme (encore une banalité) je retourne à l'hôtel. Là, mon épouse qui avait déjà discuté avec la serveuse, m'apprend que le « charmant » jeune homme qui nous avait souri en entrant, s'était rapproché de notre table pendant que nous étions parti chercher nos agapes, était brusquement sorti, non sans avoir souri cyniquement à la serveuse! Dare dare, on fonce voir le concierge qui compatit à notre douleur. Moi, à cet instant, j'avais plutôt envie de l'étrangler et de taper sur tout ce qui bouge et qui parle anglais. Enfoirés de roast-beef! Je suis au trente sixième dessous! Une brusque et terrifiante dépression me tombe sur les épaules. Je prends conscience que notre voyage, à peine commencé, est déjà terminé, et sombre, comme un vaisseau français à la bataille de Trafalgar! Ah Ouais! Vraiment « perfide Albion » Il ne suffit pas qu'ils nomment tous les monuments et les toutes rues de toutes les « branlées » qu'ils nous ont mises, il faut, en plus, qu'ils nous détroussent comme au fond d'un bois! Et pas de Sherwood, celui-là!
Avec sa voix navrée de faux derche, notre concierge, à qui j'aurais bien flanqué des baffes pour me soulager, nous indique l'adresse du commissariat de police du quartier. Nous nous y rendons à pinces, avec un cafard d'une tonne sur l'estomac! Nous sommes accueillis par une « fliquette » un peu grassouillette, boudinée dans son uniforme, mais au visage encore poupin.
Derrière sa vitre blindée, elle nous demande ce que nous voulons. Bon! J'essaie de lui demander si elle « cause french » Que nenni! Bien sûr! Alors je suis obligé de lui ressortir mon anglais « Assimil » scolaire, modèle 60, réformé 82! C'est pas de la tarte! J'essaie de lui faire comprendre qu'un vilain compatriote à elle, un « pas beau » qui méritait d'être pendu, même si la peine de mort n'existe plus au pays de la « Queen », ce qui est bien regrettable, m'a fauché tous mes papiers. Avec force gestes, mimiques, elle me demande l'inventaire de ce que l'on m'a dérobé. Et là, je perçois l'ampleur du désastre! Outre mon passeport, il y a ma carte d'identité, mon permis de conduire, mes cartes de crédit, mon chéquier, un téléphone portable tout neuf et son alimentation, mon « laguiole » fétiche, un couteau suisse, des piles pour mon appareil photo, sans oublier ma belle sacoche en cuir noire, toute neuve...La totale! Pire que ça, c'est pas possible! Et dans une ville étrangère, de plusieurs millions d'habitants! Mais pas un fifrelin! Pas un centimes, pas un penny dedans! Ce qui ne me console nullement! Les démarches durent bien une bonne heure. Un collègue à la jeune « fliquette » obtient même de mon opérateur téléphonique, la suspension de ma ligne.
Un incident, malgré tout, a réussi à me dérider l'espace d'un instant. Un rastaquouère débarquant brutalement dans le commissariat, et parlant la langue de Saladin, interpelle la jeune « fliquette » dans son sabir méditerranéen. Moi, je me dis, en mon for intérieur: « si elle ne comprend pas un mot de la langue noble, géniale, et universelle de Molière ou de Racine, ce n'est pas pour discuter avec cet oriental! » Ah la surprise! Mademoiselle s'est alors lancée dans une conversation animée et véhémente avec notre homme, qu'on aurait dit le père et la fille! Comme si elle était plutôt née du côté de Damas, ou du Caire, que de Liverpool! Hallucinant!
Bon! D'accord! Londres est une ville très cosmopolite! Mais tout de même! Les flics anglais devraient au moins connaître la langue de leurs voisins, non?
Bref! A la fin de nos démarches, cette Shéhérazade de commissariat nous indique l'adresse du consulat de France à Londres pour que je puisse obtenir au moins un visa de sortie! Heureusement, mon épouse a gardé nos billets de train! Au moins, on pourra s'échapper de ce « coupe-gorge »! C'est déjà ça! On reprend le chemin du retour, en repassant à notre hôtel, histoire de souffler et de savoir où se trouve ce consulat. « Faux derche 1° » nous l'indique complaisamment. Mais nous devons reprendre le métro pour y aller. C'est de l'autre côté de Hyde park, dans un autre quartier. Nous débarquons dans la rue indiquée par le concierge. En arrivant près de l'adresse indiquée, nous apercevons une longue queue devant une entrée surmontée d'un drapeau tricolore. Pas de doute! C'est bien là. En faisant la queue, nous discutons avec un compatriote qui habite la ville et auquel nous narrons notre malheur.
Un immense black fait le service d'ordre, et canalise par petits groupes, les entrées dans l'immeuble. Heureusement, le temps d'attente n'est pas bien long, et « l'armoire à glace » d'ébène nous laisse bientôt entrer. J'aperçois alors, un très jeune homme, d'une vingtaine d'année, debout devant une grande table et que me demande immédiatement la raison de ma venue. Je lui dit que je viens de me faire dérober mes papiers et que je viens demander un visa pour rentrer. Je n'ai même pas le temps de terminer ma demande qu'il me fait cette réponse qui me stupéfie encore maintenant:
« Vous êtes monsieur Gilbert? C'est bien ça? On a RETROUVE votre sacoche! »
Poum! Sur le cul, que je suis! Quoi? Je suis tellement stupéfait que ma cervelle subit une léger étourdissement. Je suis incrédule:
-Vous êtes sûr que c'est bien moi?
- Oui, me fait le fonctionnaire!
-Vous vous appelez bien Gérard Gilbert?
-Oui!
-Alors, c'est bien vous! Mais votre sacoche n'est pas là! Elle se trouve à l'ambassade de France!
Je ne peux cacher ma stupéfaction en explosant un: « mais c'est le miracle de Noël? »
C'est alors que surgit sa supérieure hiérarchique qui a entendu notre conversation.
Comme elle ne connait rien de cette histoire, elle a un doute. Elle nous demande d'attendre dans une pièce annexe, pour téléphoner à l'ambassade, et avoir la confirmation de la récupération de ma sacoche.
Mon cœur rate encore un battement. C'est tellement énorme et incongrue que je ne peux encore y croire. La jeune femme va m'annoncer qu'ils se sont gourer, que c'est pas moi, que c'est un autre, etc..!
Mais non! Elle revient au bout de quelques minutes, en me confirmant la bonne nouvelle. Elle prend même la précaution de me donner son numéro de portable, car l'ambassade n'étant pas un lieu public, il faut une instruction spécifique qu'elle a donnée aux diplomates, pour que nous puissions y entrer. « Ils » nous attendent, parait-il! Je sors sur un nuage. Ne réalisant pas encore la réalité de la situation.
L'ambassade de France n'est pas dans le même quartier, mais pas trop loin. C'est pourquoi nous décidons d'y aller à pied, puisqu'il fait un beau soleil. De « Cromwell road » à « Knightsbridge road », le chemin n'est pas trop long. Ce qui nous a permis de passer devant les célèbres magasins « Harrods » de mister Al Fayed, le papa inconsolable de « Dody »!
L'ambassade de France est un bâtiment en réfection et entièrement bâché. Nous le reconnaissons au drapeau tricolore qui flotte à l'entrée. On passe sous des échafaudage pour atteindre l'entrée monumentale. Là, sur le côté, se trouve un petit portier électronique, avec des touches d'appel. J'appuie, et j'attends.
-Oui? C'est à quel sujet? Fait une petite voix féminine, un tantinet gamine!
-Heu! Je suis monsieur Gilbert et.......Je n'ai même pas le temps de terminer ma phrase!
-Ah oui! On vous attend! Votre sacoche est là!
Un déclic, et la grande porte en bois pivote pour nous laisser entrer.
Dans le hall, trois personnages inquiétants, à la mine peu engageante, nous dévisagent. La femme au portier, située derrière un guichet à la paroi vitrée me tend ma précieuse et aventureuse sacoche en prononçant cette phrase impérissable:
« Elle est intacte! Il ne manque rien! »
???? Comment le sait-elle? Devant nos mines étonnées et interrogatives elle s'empresse de nous dire qu'un « monsieur » la ramenée ici, et qu'il a même laissé une carte de visite qu'elle nous remet aussitôt. Circulez! Il n'y a plus rien à voir. Tout ceci n'a même pas duré une minute. Nous nous retrouvons dehors, devant l'entrée. Et là, sur un petit muret, je me prends à faire l'inventaire de ma sacoche. Et bien, chose extraordinaire! Il ne manque RIEN!
Tout est là! Tous mes papiers, mes cartes de crédits, mon couteau, mon téléphone portable et son alimentation. Et même les piles de mon appareils photo! Hallucinant, non?
Moi qui n'ai jamais de pot aux jeux, pour l'excellence raison que je n'y joue jamais, je viens de toucher un gros lot inespéré! Me faire voler de précieux objets, de précieux documents dans une ville étrangère de plusieurs millions d'habitants et les retrouver même pas deux heures plus tard! Vous le croyez, ça, vous?
Moi, je n'en suis toujours pas revenu!
Nous avons, bien évidement téléphoné, envoyé un mail à la personne de la carte de visite pour le remercier et savoir dans quelles circonstances il avait pu retrouver ma sacoche: jamais eu de réponse!
Vous pensez sûrement, à tort, que ce « happy end » clôt cette histoire rocambolesque?
Que vous êtes naïfs mes enfants! Car je ne vous ai pas encore parlé du volet mystique et surnaturel de cette aventure.
Si! Si! Il y a bien un volet mystique et surnaturel. Je suis pourtant un rationaliste pur sucre.
Comme la plupart des hommes de ma génération, je me fous comme d'une guigne de toutes ces histoires de spiritisme. Les horoscopes, dont se gavent nos compagnes dans leurs revues féminines, m'ont toujours fait hurler de rire. Les voyantes extralucides, les chiromanciennes, les tireuses de cartes, les liseuses dans le marc de café, ont toujours été pour moi que d'incorrigibles et détestables arnaqueuses, profitant sans vergogne de la crédulité incommensurable de leurs congénères dans ce domaine. Même si notre génial Victor Hugo faisait tourner les tables dans son exil à Guernesey, même si Camille Flammarion, et Conan Doyle en étaient de fervents disciples, moi, les « esprits » je les laisse chez eux! Qu'ils nous foutent la paix! On a assez de nos soucis terrestres pour qu'ils ne viennent pas nous casser les....Alors qu'on ne leur demande rien! Surtout moi!
Quoi que! Quoi que! Comme le disait Raymond Devos au début de l'un de ses fameux sketchs! Quoi que...........J'ai honte!
Car maintenant, je vais faire une confession très douloureuse! Un vrai « coming out »! Et même s'il ne s'agit pas de révéler à ma famille une homosexualité qui n'a jamais sévit chez moi, l'aveu que je vais faire est presque aussi scandaleux! Mais tant pis! J'en ai trop dévoilé pour ne pas continuer.
Beaucoup de mari déteste leur belle-mère! Allez savoir pourquoi! Moi, ce ne fut pas le cas. Au contraire! Belle Maman a toujours été une femme adorable à mon égard, en me défendant parfois contre sa propre fille! C'est vous dire! Malheureusement la vie est cruelle, et cette gentille personne devait disparaître trop rapidement, après mon mariage à la suite d'un cancer. Mais, plusieurs années plus tard, dans un accès de faiblesse de ma part, à la suite d'un ennui particulier, je me mis à parler à feue ma belle-mère comme si elle était encore vivante.
Et Ô miracle, elle m'exhaussa en dissipant mon problème passager par une intervention mystique autant qu'inexplicable! Le plus incroyable, c'est que cela se reproduisit à plusieurs reprises! Moi, toujours l'indécrottable incrédule que je suis resté, je me refusais toujours à croire à toutes ses sornettes.
Le « hasard »! Ah! Le merveilleux « hasard » qui sauve tous les gens terrorisés par l'irrationnel! Heureusement qu'il est là, ce bon « hasard » pour nous rassurer et nous faire dormir tranquillement. S'il n'existait pas, vous imaginez l'angoisse? C'est alors que je me mis à frissonner de tout mon corps. Car je venais brusquement de me souvenir de quelque chose qui s'était produit pendant notre aventure. Lors de mon retour du commissariat vers notre hôtel, tout en marchant, j'invoquais encore belle-maman: « ma chère Simone, je sais qu'une sacoche perdue ce n'est pas dans vos attributions, c'est peut-être un peu trop gros pour vous et je ne vous en voudrais même pas si vous ne me donniez pas un petit coup de pouce! Mais pensez à votre petit-fils, si nous sommes obligés de rentrer à la maison? »
Voilà! Ce fut simple comme une conversation! Oserais-je dire "comme un coup de fil avec l'au-delà" Et une demie-heure plus tard, je retrouvais ma sacoche! Vous ne croyez pas à cette « fable » surnaturelle? Ben vous avez tort! Cette histoire est pourtant parfaitement authentique. Si ce n'était pas le cas, elle n'aurait aucun intérêt.
Je ne crois toujours pas aux « esprits »! Sauf à celui de ma belle-mère et à celui de Mortimer Peabody, l'ancêtre de ma chère Pétula:

Mon ancêtre Mortimer, Mortimer Peabody,
A perdu une autre guerre contre les Français
Il s'est si bien habitué au ciel de Paris
Qu'il ne veut plus le quitter, même pour une nuit
Quand je vais à Londres aujourd'hui
Mortimer me crie

Que fais-tu là, Petula ?
What do you do there ?
Ramène-moi, Petula,
Aux Folies Bergères

Que fais-tu là, Petula,
Si loin de Paris ?
Les Parisiennes, Petula,
Very good for me !

Leurs fantômes sont si jolis, moi, je veux rentrer
Pour hanter toutes les nuits les Champs Elysées
C'est très extraordinaire
Ce fantôme anglais
Qui a fini par se faire...
Naturaliser !



mardi 8 décembre 2009

La banquette du Fouquet's


« Objets inanimés, avez-vous donc une âme »! Lamartine


Bon! Je sens que des râleurs impénitents vont encore me dire que je fais dans la facilité. De toutes les manières, de moins en moins de personnes connaissent les vers d'Alphonse! Il suffit de voir les réponses débiles faites à des jeux faussement culturels à la télé, pour se rendre compte quels sommets d'inculture sont maintenant atteints par nos charmants compatriotes!
Pour les histoires de fesses de chanteuses hydrocéphales, ils sont incollables! Mais pour connaître les œuvres immortelles de nos grands génies, là, ils sont aux abonnés absents!
Bref! Pour sortir de cette morosité qui me tombe soudain sur les épaules, je vais vous raconter l'histoire incongrue d'un objet curieux.
C'était à l'occasion du baptême d'un de mes petits neveux. Nous avons tous subis ces cérémonies familiales où il faut se farcir la messe, les embrassades plus ou moins sincères, les pompes qui font mal aux pieds, la mauvaise humeur du conjoint, les échanges de nouvelles dont tout le monde se fout et qui seront oubliés cinq minutes plus tard, etc... Mais nous avons droit, aussi, à l'apéro, au « drink » ou au buffet. Ce jour-là, une belle tente blanche abritait dans le jardin de la propriété des parents un banquet d'une dizaine de mètre de long fait de grandes tables et de chaises.
Tout en me baladant, un verre d'apéro à la main, je me rapprochais d'un meuble qui aurait pu être banal et sans intérêt s'il ne s'était pas agi d'une banquette de bistrot recouvert d'un velours aux motifs tarabiscotés, d'un mauve surprenant, et sur lequel papotaient gentiment quelques invitées.
Moi, ayant toujours une curiosité de vielle chatte ménopausée, je profite de la présence de ma belle-sœur dans les parages pour lui demander d'où vient cet objet.
Elle me dit alors, sur le ton de la confidence, que cette banquette provenait du mobilier du célèbre restaurant parisien, le Fouquet's pour ne pas le nommer! Ce pauvre meuble fut sauvé in-extrémis d'une destruction annoncée lors d'un « relookage » du dit restaurant, par une vente aux enchères.
Vente aux enchères destinée sûrement à amortir les frais colossaux des travaux. Y a pas de petites économies! N'est-ce pas? Même aux champs Élysée!
Ah! Mais ça changeait tout! Vous pensez bien que je le regardais soudain, ce « velours » avec un autre œil! Et pas avec un « œil de velours », celui réservé aux seuls prédateurs amoureux! Non! Avec l'œil du voyeur, du « paparazzi » des souvenirs culturels et artistiques.
J'imaginais soudain, et en un quart de seconde, les augustes fessiers, les postérieurs célèbres qui avaient dû écraser cette pauvre banquette pendant des décennies! Le tout Paris artistique, littéraire et politique de la capitale pendant près d'un siècle! Fernandel, Gabin, Maurice Chevalier, Mistinguett, etc... La liste est tellement longue qu'elle en donne le tournis! Que j'aurais aimé faire partie d'une de ces petites touffes de laine, fondue dans le velours, pour écouter les discussions de contrats entre FrançoisTruffaut et son producteur! Ou entendre délirer Godard sur ses improbables scénarii!
Et que dire des échanges savoureux entre amants célèbres! Entendre Pierre Fresnay « engueuler » Yvonne Printemps lançant des œillades peu discrètes à son voisin de table. Tout un monde s'agitait, revivait soudain devant moi. Il a fallu qu'un abruti anonyme me réveillât brutalement pour me dire que nous pouvions passer à table, pour me pousser hors de ma rêverie nostalgique. Et oui, mon cher Alphonse! Les objets inanimés ont bien une âme. Celle forgée par nos souvenirs et par notre culture. Encore faut-il qu'il y ait « souvenirs » et « culture »!
Mais ceci est une autre histoire comme le radotait souvent un vieux franc-maçon britannique de ma connaissance.


QUAND JOHNNY DEPOUILLE JEAN-PHILIPPE

Après ma « lettre à Jean-philippe » qui n’était qu’un cri d’humeur, de chagrin et de colère, je me suis mis à réfléchir sur toute l’épopé...