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mercredi 26 décembre 2012

Le magnétoscope, un « dinosaure » disparu

Il est toujours dangereux, aventureux, et mal vu d'être un pionnier dans n'importe quel domaine. Au mieux, vous êtes regardé comme un joyeux farfelu dont la fréquentation est à éviter.
Un jour, comme des millions de français et de parisiens, je m'en vais arpenter les stands de la foire de Paris, au printemps de l'année 1978. Je tombe en arrêt sur une nouvelle invention, absolument fascinante ! Un engin qui a la particularité d'enregistrer des émissions de télévision en direct et de vous les restituer sur votre propre téléviseur ! Le vendeur me dit que cela s'appelle un « magnétoscope ». Oh la ! La ! J'en bave de bonheur et de curiosité.
Comme à l'époque je suis célibataire, et que je n'ai pas encore de « ministre des finances » pour me casser les …pieds, avec ce que je fais de mon argent, je passe commande de cet engin hors de prix et rarissime à l'époque. Ceci se passe au mois de mai 1978. Je suis obligé d'attendre le mois de septembre suivant pour recevoir mon engin. C'est vous dire si l'objet et précieux et déjà très convoité. Pour moi, c'est une aubaine fantastique vu que je travaille la nuit et les week-end dans un grand service informatique qui fonctionne 24h sur 24. C'est sans compter sur la jalousie endémique de mes collègues qui, apprenant la nouvelle, ont tous cette réflexion sublime et instinctive : « Ah  ben maintenant, tu vas pouvoir te passer des films de cul » !
Authentique ! Moi, qui suis toujours resté d'une niaiserie à faire peur, je n'y avait même pas pensé une seconde ! Mais EUX, si ! Décidément, je dois être un « martien » ! Ou on ne sort pas du même moule ! Je n'ai pas écrit de la même « moule » ! Il faut faire attention quand on lit ! Ou on a décidément pas les mêmes valeurs ! Bref ! Tout se passe bien jusqu'au jour où je reçois un coup de fil d'un journaliste de VSD. Sur le coup, je crois à une blague. Mais pas du tout !
Un beau jour, deux journalistes débarquent dans mon petit studio d'Antony, dont un photographe, pour m'interviewer. Moi qui suis d'un naturel bavard et disert, je ne me fais pas prier pour leur vanter mon expérience télévisuelle. Je crois, avec la naïveté du néophyte, que mes propos vont être largement rapportés et exploités.Le photographe mitraille mon studio et les plumitifs se barrent au bout d'une bonne heure. J'attends donc, avec l'impatience que vous devinez, le numéro hebdomadaire qui va exposer mon expérience. Ah je ne suis pas déçu ! Je suis vert de rage ! Je ne reconnais aucun de mes propos, et pas une seule photo de moi! Et au passage, je me fais traiter « d'intoxiqué » d'une manière très « sournoise » sous forme d'une question qui ne trompe personne ! Quoi faire ? Protester ? Porter plainte ? Ils sont bien trop malins et protégés. Et puis, au fond, je me fais la réflexion que tout ceci est bien dérisoire et sans importance ! J'enterre ce pauvre journal au fond d'une malle dans un grenier, et je l'oublie.
Ah les femmes et leur obsession du rangement ! Voilà-t-y pas qu'elle m'exhume cette « relique » en me demandant si je ne peux pas la mettre à la poubelle ! Sacrilège infâme ! Non mais ? Et quoi encore ? Car même « insulté » c'est un « monument » de ma vie journalistique ! Ah mais ! C'est ainsi que tous mes souvenirs, avec ce pauvre magnétoscope me remontent à la mémoire. Car ce que vous ignorez, c'est TOUT ce que j'ai fait par la suite, avec cet engin révolutionnaire pour l'époque. Je me suis acheté une caméra noir et blanc, avec une grosse alimentation. J'ai fait avec des « reportages » sur la famille, les amis. Ce pauvre engin a voyagé sur des centaines de kilomètres dans le coffre de ma « 4L » sans broncher, sans une seule défaillance, dans une valise métallique achetée à cet effet et où il y DORT toujours! Et aventure suprême, ce pauvre magnétoscope a fonctionné, en pleine rue, avec un groupe électrogène, pour faire un reportage sur des secouristes de la Croix Rouge dont je faisais partie. On est très loin des gadgets actuels qui sont grands comme des cartes de visites et qui vous filment en « HD » ! Mais pour la postérité, et les petits enfants (si j'en ai un jour) il est toujours bon de savoir par quelles étapes du progrès technique nous sommes passés.
Pour vous prouver que tout ceci est bien authentique et que je n'affabule pas, je vous mets à la suite de mon récit les preuves photographiques ainsi que l'extrait de l'article de VSD.
Au passage, je vous écrirais encore que je me fous du chanteur « Beranger » dont j'ignore encore toutes les « chansons » mais que je connais bien Marcel L'Herbier ; un monsieur infiniment sympathique qui me fit comprendre que le cinéma était un art merveilleux.
Mais les magnétoscopes ont disparu à leur tour, comme les dinosaures. On ne lancera plus ce cri si cher à Jean-Christophe Averty : « A vos cassettes » ! Bien que plusieurs centaines encombrent encore inutilement une partie de mes placards !
Il est de bon ton de se lamenter de la disparition d'espèces animales. Personne ne pleure sur la disparition de machines qui nous ont pourtant rendu bien des services et donner beaucoup de joies. 

 
La possession d'un magnétoscope conduit très vite à constituer des collec­tions de programmes enregistrés. Chez Gérard Gilbert, célibataire, opérateur sur ordinateur à Orly-Ouest, le magné­toscope trône sur un guéridon, tout près du fauteuil, à porté de la main.
« Vendredi dernier, dit-il, j'ai pu regarder dans la soirée quatre émis­sions diffusées par les trois chaînes. J'ai vu, en direct, la pièce de théâtre, Les Amours noirs d'un homme blanc, J'ai regardé ensuite, toujours en direct, à 23 heures, le reportage sur le chanteur Béranger jusqu'à 23H55. Dans le même temps, j'avais enregistré l'émis­sion de FR3, Le Nouveau Vendredi, de 20H30 à 21H30, puis l'émission d'Antenne 2, Apostrophes. J'ai regar­dé ces deux programmes après Bé­ranger. J'aurais très bien pu mettre aussi sur cassette Le Ciné-Club mais le film de Marcel L'Herbier, L'Inhumaine, ne m'intéressait pas. De toute façon il était déjà trois heures du matin quand j'ai pu me coucher, ma « soirée images » terminée. »
\ Gérard Gilbert est-il un dingue de télévision, un intoxiqué? Il proteste. « Je ne passe pas ma vie collé à mon petit écran. Seulement mon emploi à Orly ne me permet pas des horaires réguliers. Il en est de même pour mes camarades de travail. Alors, nous nous organisons pour enregistrer ce qui nous intéresse, en particulier les feuilletons dont nous ne ratons pas un épisode. »