samedi 29 septembre 2012

Un curieux déminage


Les immeubles tous neufs et pimpants de la Butte Rouge, à Châtenay-Malabry dissimulent un pan mal connu de l'histoire dramatique de cet endroit. En dehors du fait que cette « Butte-Rouge » aurait été nommée ainsi (légende ou pas) à cause des « communards » que les « versaillais » auraient fusillés en masse, il y a aussi la proximité de la base de Villacoublay qui lui a valu la pluie infernale d'un certain nombre de bombes durant la seconde guerre mondiale. Quand nous jouions dans le bois de Verrières tout proche, on ne manquait pas de visiter ces cratères gigantesques qui commençaient à être envahis par la végétation. Nous connaissons tous, la «légendaire » précision des bombardements américains pour ne pas insister là-dessus. Bref! Un jour d'aventure enfantine, je me promène avec mon petit copain du moment, un certain, Patrick. Notre vagabondage nous amène sur un carrefour, à la lisière du bois. Vous le verriez aujourd'hui, il vous serait impossible à retrouver, tellement l'urbanisme a évolué. Donc, ce n'est pas la peine de vous le décrire! Malgré tout, il reste encore un petit restaurant qui fut le quartier général de belles « hétaïres » qui sévissaient dans les buissons de la forêt. Avouez que « hétaïres » cela fait plus « classe » que putes! Ah mince! Ça m'a échappé! 
Comme nous étions assis au pied d'un grand chêne, j'aperçois le museau d'un engin bizarre. Je me lève, je m'approche!
_Oh putain!........ Car on avait déjà du vocabulaire, à l'époque, et que le lieu s'y prêtait assez bien!
Un OBUS! Et un bel obus! Tout rouillé et plein de terre, mais aucun doute sur sa nature. Son museau sournois dépasse de la terre et la pointe détonante est parfaitement visible!
Paralysés par la surprise et la fascination, nous restons immobiles à le fixer un bon moment. Puis mon copain prend rapidement une initiative courageuse et ferme:
_Toi, tu vas le garder! Tu vas faire attention à ce que personne ne le touche, et pendant ce temps-là, je vais chercher le service de déminage.
Mon petit copain, aux décisions énergiques du scout qu'il est, me laisse en plan avec cet engin mortel à ma garde.
Avec toute la somme de courage qui me caractérise, je reste planqué derrière le tronc d'arbre protecteur de mon grand chêne. Toutes les trente secondes, je jette un regard à la dérobée pour voir si le morceau de ferraille de malheur, est toujours bien là! Comme tous les individus à l'imagination fertile, je le vois exploser, m'arrachant les jambes, et moi, dans un fauteuil roulant pour le reste de mes jours. Pour parfaire le tableau, je vois le cortège de mes funérailles suivi par tous les copains du quartier et de ma classe. J'ai toujours été un très grand « optimiste »!
-Mais qu'est-ce qu'il fout? Il ne m'aurait pas abandonné lâchement, quand même? Bon! Ce qui me rassure, c'est que c'est pas genre de Patrick! Un « scout » ne trahit jamais!
Au bout d'une centaine de réflexions de ce genre, je vois arrivé un petit camion avec une plateforme sans bâche. Il s'arrête devant moi. Mon pote surgit de la cabine, ainsi qu'un homme sans âge, le béret gris vissé sur le crâne et un mégot improbable aux lèvres!
_Il est où, ton obus mon p'tit gars?
-Là, m'sieur!
Et c'est ainsi que je vois mon démineur, arracher « notre » obus de sa gangue de terre, sans plus de formalité, et d'un geste raffiné du semeur de la Beauce, balancer notre engin dans la benne où son atterrissage fait un bruit sourd de protestation.
Notre « artiste » du déminage remonte dans sa cabine en sifflotant et nous laisse en plan, sans même un signe d'adieu!
Deux «idiots » frappés par la stupeur et l'incompréhension, c'est nous!
_C'est ça ton engin dangereux? Et tu m'as fait poireauter pendant une heure pour rien?
_Mais je ne suis pas artificier! Comment pouvais-je le savoir?
Heureusement, les disputes de gamins ne sont jamais bien longues! Tout ceci c'est terminé par une partie d'osselets acharnée.

Pourtant, je crois que, malgré notre jeune âge, nous avons fait exactement ce que nous devions faire, et des centaines d'individus sont morts pour avoir ignorer cette attitude de bon sens et de prudence.
Dans mes recherches, je suis tombé sur ce site intéressant concernant le déminage et les quelques milliers de bombes et d'obus qui traînent encore un peu partout en France:

lundi 17 septembre 2012

Un patrimoine « rugissant »


Hier, c'était la journée du « patrimoine ». Le mien, il est essentiellement aéronautique. Comme le dit si joliment cette expression : « je suis tombé dedans tout petit » ! Eurêka ! Je me suis souvenu qu'il y avait un musée très intéressant à côté de chez moi. Il s'agit de celui de SAFRAN. Mais, moi, le « safran », à part un épice merveilleux, je ne vois pas ce que cela à voir avec l'aviation ! Par contre ces six lettres me parlent plus : SNECMA. Que voulez-vous, on ne peut rien contre les atteintes de l'âge ! On n'a du mal à s'adapter. Bref ! Par un temps magnifique j'arrive aux abords de cette grande usine où se trouve le musée. Nous sommes accueillis par un « vautour » tout bariolé. Je parle du bombardier de ma jeunesse que j'ai connu de couleur métallique brillante et non peinturluré de blanc et de bleu comme un « clown triste » ! Je ne sais pas qui a eu cette « merveilleuse » idée, mais je ne le félicite pas ! Pauvre avion ! Il devrait être au musée de l'air du Bourget. A ce sujet, je ne peux que vous rappeler mon autre souvenir, écrit ici même : « La petite porte du hanger ». http://capharnaumpensees.blogspot.fr/2009/06/la-petite-porte-du-hangar.html
Mais revenons à notre « épice » ! Une fois garée ma voiture, je traverse le parking et qu'aperçois-je, trônant en plein « cagna » sans précaution, isolé comme un pauvre orphelin ? Un drôle d'engin tout droit sorti d'une série de science fiction : le premier prototype de
l'aérotrain de Jean Bertin. On ne peut pas dire que ce soit, à franchement parler, un « avion » ! Vu qu'il n'a jamais volé qu'à quelques centimètres au-dessus d'un rail en béton ! A l'entrée du musée, on nous distribue gratuitement et très aimablement des cartes postales où figurent des moteurs d'avion. Ce n'est pas d'un « romantisme » débridé mais cela rompt définitivement avec les paysages bucoliques et les personnages dénudés des vacances à la mer. A l'intérieur, je suis accueilli par de drôles de bruits ! Je pense qu'un avion à réaction va s'écraser sur le bâtiment ! Que nenni ! Il s'agit de haut-parleurs « d'ambiance » ! Il y a là des portraits des grands dirigeants de la SNECMA que j'ai toujours beaucoup de mal à appeler « SAFRAN ». Ensuite, on entre dans le « saint des saints» !
La galerie des vieux moteurs rotatifs et à pistons ! Que c'est émouvant de voir ces merveilles de mécanique et de précision. Quelles sommes d'intelligence, de passion, de travail, parfois de découragement provisoire, de joie d'enfants déployés par tous ces ingénieurs qui ont façonné ces petits chefs-d’œuvre ! Et pour moi, encore des souvenirs d'enfance, quand je savais reconnaître au seul bruit de ses ou de son moteur l'avion qui se posait à Villacoublay, la base où travaillait mon père. Je ne confondais jamais un C47, avec un SO 30P « Bretagne » ni avec un vieux « toucan » version francisé du fameux « Junker JU 52 » allemand. Pas plus qu'un vieux SIPA, ni un « ramier » ! Maintenant, je suis perdu dans l'anonymat des réacteurs sans âme ! Bah ! Il faut bien vivre avec son temps. Surtout que les réacteurs ne le cèdent en rien en complexité et en précision d'usage d'avec nos ancêtres à piston.
Un merveilleux « Mirage IIIC » est suspendu au-dessus de nos têtes ! Moi qui ne l'avait jamais vu d'aussi près. Il faut dire qu'un maquette « Heller » en plastique ne donne pas autant de détail ! Et sans oublier mes « potes d'enfance » Tanguy et Laverdure qui m'ont fait beaucoup rêvé sur cet extraordinaire avion de chasse ! A côté un moteur « Hercules » de mon bon « nordatlas » des « familles » avec lequel je suis parti faire mon service en Algérie ! Mon Dieu qu'il était bruyant ! Et ses « toilettes » situées juste dans les deux portières coquilles qui s'ouvraient pour laisser tomber nos parachutistes ne m'inspiraient pas du tout confiance, si vous voyez ce que je veux dire ! Car moi, je n'avais pas de parachutiste prévu dans mon paquetage ! Et les deux pilotes militaires qui lisaient leur journal généreusement déployé sur leur tableau de bord, non plus ! Je poursuis ma visite et tombe sur les deux énormes réacteurs « Olympus » du Concorde ! Ah ! Il devait en «bouffer » du kérosène !
Quand je pense que mon parrain a été le premier pilote de Concorde pour Air France, que mon propre frère a fait les premiers documents de vols pour le tout premier trajet « Paris-New-york » !
Quand je vous disais que je suis tombé dedans tout petit ! Et cela a duré toute ma vie. D'ailleurs la maquette du Concorde trône en bonne place dans ma vitrine, dans mon bureau ! Comme l'Alouette II de Sud-Aviation, tout pareille à celle du musée ! Pour les fusées, j'ai commis une « trahison » je n'ai que la « Saturn V » des Américains ! Une faiblesse,mais elle est tellement belle !
Une petite pensée pour Jean Bertin, un génial ingénieur français qui n'a pas pu lutter contre le TGV!Mais la sortie me réserve une dernière surprise avec un drôle d'avion que peu de gens connaissent, et dont j'ai AUSSI fait la maquette : le fameux « coléoptère » avec son aile annulaire ! Une vraie curiosité aéronautique. Je pourrais encore vous écrire un « dictionnaire » complet sur ma passion aéronautique, mais je sens que je vais lasser !
Je ne voudrais pas vous quitter sans avoir une petite pensée pour le C.E.V. De Melun-Villaroche qui a vu tant de nos brillants chasseurs et avions faire leur premier vol ! Et à tous ces pilotes d'essai qui se sont tués pour expérimenter toutes ces belles machines.
Une dernière petite chose amusante : Voir tous ces jeunes lancer leur fusée fabriquée par eux-mêmes ! J'ai le souvenir d'avoir fait mes propres fusées, avec un carburant « secret » dont je ne dévoilerai pas la formule, vu que c'est aussi un puissant explosif. Carburant que je mettais dans un tube d'aspirine et dont l'allumage était très perfectionné : Je casse une ampoule de 4,5V dont je plongeais le filament dans le carburant solide : Ensuite, avec un très long fil électrique et une pile alcaline je faisais la mise à feu. A une époque « bénie » où l'on nous foutais une paix royale, et où ne sévissait pas encore une paranoïa maladive ! On faisait même voler des boites d'allumettes ! C'est vous dire !
Mais le vrai patrimoine est aussi au fond de nos souvenirs, nous les anciens !  

QUAND JOHNNY DEPOUILLE JEAN-PHILIPPE

Après ma « lettre à Jean-philippe » qui n’était qu’un cri d’humeur, de chagrin et de colère, je me suis mis à réfléchir sur toute l’épopé...