jeudi 3 juin 2010

Un accouchement difficile

Depuis quelques temps déjà, j'étais harcelé par des propos désobligeants de certains de mes proches me demandant indécemment, en pointant un doigt obscène sur mon estomac:
_Dis! C'est quand que tu accouches!
Vous aurez déjà remarqué  le français approximatif de cette réflexion d'une vulgarité à pleurer!
Bon! Passons!
Pourtant, comme le proclame le dicton célèbre: « vox populi, vox dei » (que je vous traduirai pas rien que pour vous embêter, et parce que je n'ai jamais fait de latin, malgré mon « immense » culture,) je ne me doutais pas à quel point ces « gueux » avaient raison.
Ce fut lors du visionnement  quotidien de mon délectable et policier « Maigret » que les premières contractions apparurent. Elles furent si violentes que les pompiers durent intervenir pour m'embarquer aux urgences. Ceux qui pensent que l'expression « à se rouler par terre » n'est qu'un euphémisme éculé, n'ont qu'une vague idée de ce que c'est que la souffrance! Heureux mortels! Si j'ose dire! Trimbalé dans une camionnette qui manquait de chavirer à chaque seconde, en faisant entendre son sinistre « deux tons », j'arrivais à l'hôpital, le cœur entre les dents, les jambes flageolantes! Mais fort heureusement, les douleurs avaient cessé! Le « petit » avait dû se rendormir!
Je vous passe les longues heures interminables d'attente dans les hôpitaux que nous avons tous subi un jour où l'autre. Et comme tous les hommes « enceints » j'ai eu droit à ma petite séance d'échographie que subissent toutes les futures mamans. Quelle émotion que de voir surgir sur le petit écran en noir et blanc, vos entrailles intimes où « dort » le bébé qui vous fait tant souffrir.
Et il était là, le petit chameau! Prêt à sortir! Mais y voulait pas! Le sagouin! Bref! Je n'étais pas encore « prête » pour l'accouchement. Donc, on me renvoya dans mes foyers. La journée du lendemain se passe normalement, sans problème. C'est au surlendemain que les « contractions » encore plus douloureuses que l'avant veille me reconduisirent de nouveau à l'hôpital! Toujours avec la même « ambulance-shaker » peinte en rouge, au klaxon si « harmonieux » pour nos tympans.
Rebelote pour l'échographie! Où j'apprends avec bonheur que j'attends des jumeaux! Ah! Quelle joie! Ah quelle chance! Deux d'un coup! On m'hospitalise sans formalité. Je me retrouve donc dans une chambre double, avec un pauvre malheureux au teint très sombre, d'origine Tamoul, à la famille pléthorique et bruyante, surtout la « mama », l'ancêtre, qui avait dû perdre son sonotone dans le voyage et qui hurlait toutes les péripéties de la famille depuis la colonisation de son île par les anglais au 19° siècle. Mais la nuit suivante, une vengeance sournoise et perverse attendait le pauvre tamoul.
Assommé par les médicaments de ma perfusion, je suis brutalement réveillé par un grand bruit de ferraille! ??? Que je me dis! Je me ré-endors. De nouveau un bruit insolite, et fort, me réveille. J'entends alors une petite voix de fausset, quasiment enfantine, me dire:
_Missié! Pitié! Moi vouloir dormir! Toi faire du bruit!
Comment ça, je fais du bruit? Oh! C'est avec gêne et confusion que je comprends l'objet de sa juste révolte. Il faut dire que je suis affublé d'un très léger défaut bien banal et très répandu: Je ronfle comme un 747 au décollage! Je me demande d'ailleurs, comment les murs de ma maison ont pu y résister si longtemps! Je suis « honteux et confus » mais que faire? J'essaie tout de même de dormir « sans faire de bruit ». Puis je vois mon voisin sortir de la chambre avec sa perfusion. Ce qui m'intrigue, car il est deux heures du matin et les toilettes sont incorporées à la chambre. Plus d'une heure plus tard, je le vois rentrer. Quand il passe devant, je ne peux m'empêcher de lui demander d'où il vient.
-Moi, chercher place pour dormir!
Qu'il me dit de sa petite voix navrée et timide! Oh! Je me confonds en excuses qu'il semble accepter avec le sourire! Mais allez savoir! Je passe un dimanche pourri et ennuyeux et le lundi matin le médecin accoucheur me dit que si l'accouchement n'a pas lieu « naturellement », il me prépare une place pour une « césarienne » pour le lendemain. Pour vous plomber le moral, il n'y a pas mieux! Mes crises de souffrance sont tellement intenses que cela me semble vraiment un moindre mal.

La nature sait aussi se comporter merveilleusement. Après une dernière crise, « l'enfant » paraît!
Ô joie suprême!
Instant délicieux, inexprimable! J'en suis ému aux larmes. J 'avertis l'infirmière qui me « lange » mon « fils » dans un petit bocal hermétique. Le médecin passe. Il apprend la bonne nouvelle et me dispense de la césarienne. Il me serre chaleureusement la main, comme si je venais de faire un exploit surhumain et me dit que je peux sortir l'après-midi même! Par contre, ce qui m'inquiète un peu, c'est que le deuxième n'est pas sorti, lui! Qu'à cela ne tienne! Une heure plus tard, le frère jumeau du premier, sortait à son tour. L'infirmière me le langeait à nouveau précieusement. Ah! Je comprends maintenant les mamans! Surtout quand elles disent: « Plus on a souffert pour les avoir, plus on y est attaché »! ça c'est « ben vrai »! D'accord, les miens ne sont pas bien grands ni très beaux, quelques millimètres à peine! Mais ce sont les miens, mes petits « chéris »! Nous les hommes, en cette époque de parité absolue, nous avons bien droit aux mêmes souffrances et aux mêmes joies de l'enfantement que vous, mesdames! Ce n'est qu'une question de.....justice!
Pour le baptême et les dragées, je vous ferai signe!



QUAND JOHNNY DEPOUILLE JEAN-PHILIPPE

Après ma « lettre à Jean-philippe » qui n’était qu’un cri d’humeur, de chagrin et de colère, je me suis mis à réfléchir sur toute l’épopé...