mercredi 31 mai 2017

LE SEXISME DES COULEURS

En cette période de recherche de parité absolue dans tous les domaines de l’existence, il en existe encore un,  peu connu, où celui-ci fait une résistance absolument scandaleuse. N’ayons pas peur des mots ! Pour vous le décrire, je dois vous faire le récit d’une conversation entendue en randonnée, dans une belle forêt du sud de Paris. Ceux qui pratiquent cette activité bucolique et sportive savent que celle-ci est émaillée, tout au long de son parcours, de conversations plus ou moins passionnantes. Les sujets ne manquent pas. Cela va de la première dent du petit-fils, à la problématique des trous noirs dans le cosmos. Or, dans l’une de ces pérégrinations champêtre et forestières, j’entends cette chose ahurissante de la part d’une randonneuse, amie de longue date, comme quoi, hommes et femmes ne percevraient pas les couleurs de la même façon !
Diantre ? Ventre-saint-gris ? Cornegidouille ?
Oui ! J’emploie des jurons que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître ! Il faut avouer, avec beaucoup de pudeur, et de respect, que le « cheptel de nos randos » ne fait pas dans la catégorie des « perdreaux de l’année », comme le disent très vulgairement, les plus de quarante ans !
Je m’apprêtais à protester courageusement contre cette grave atteinte à la parité que la doxa moderne nous impose, quand brusquement, me revint en mémoire un incident domestique tout à fait singulier.
Comme des millions de gens à travers le monde, je possède une machine à café à capsules. Fonctionnement très simple ; il suffit d’en mettre une dans l’engin domestique, de s’assurer que le réservoir d’eau n’est pas vide, et vous appuyez sur un petit bouton électrique encastré qui clignote en rouge, et passe au vert quand la température de l’eau, suffisamment chaude, est atteinte pour pénétrer dans la dite capsule. Vous basculez alors un petit levier, et la préparation d’un merveilleux « jus de chaussette » peut commencer. 
Vous suivez ? Ce n’est pas trop compliqué ? 
Mais un jour…..horreur ! Le petit bouton électrique passe du rouge au…JAUNE VIF ! 
Quésaco ? Car j’ai des ancêtres dans le Sud-ouest ! J’appelle mon épouse à la rescousse, car, dans ces cas-là  un homme perturbé dans ses habitudes domestiques, appelle toujours son épouse!
-Regarde chérie ! Enfin, le « chérie » est là pour ne choquer personne et surtout pas la gente féminine.
-Le bouton de la cafetière est passé au jaune !
-Mais non ? Moi je le vois vert ! POUM ! Là, mon cœur rate un battement !
-Quoi ? Tu te fous de moi ? Mais il est jaune ? Tu ne vois pas qu’il est jaune ?  
-Mais non ! Moi je le vois vert ! Dit-elle avec un aplomb qui finit ne me dérouter. A ce stade du récit j’opte pour deux hypothèses possibles: ou bien j’ai droit à un « foutage de gueule »  en règle, ou ce sont les séquelles mal refroidies d’une engueulade de la veille. Pour mon bonheur (très provisoire) la copine de ma femme fait son entrée dans notre foyer. Ouf ! Me fais-je dans mon for intérieur,  car mon « fort » aurait plutôt des lézardes dans sa muraille ! Me voilà sauvé par l’arrivée d’un témoin providentiel.
Afin de nous départager dans ce conflit d’une importance capitale pour la sauvegarde de notre couple, on demande à ce « juge de paix improvisé » d’examiner l’objet du litige.
Et là, j’entends cette phrase qui me cloue d’effroi sur place !
-Oui ! Moi aussi, je le vois vert !
A la garce, elle me crucifie ! Ce n’est pas une « garce » je vous rassure, mais on dit souvent de ces choses affreuses sous le coup de l’émotion.
 Arrrghh ! ???? Oui ! Parce que là, je ne peux pas traduire mes sentiments en simples mots !
-Mais enfin ? S. fait un effort ?
Je mets le S. pour préserver un anonymat tout à fait de circonstances et par pure galanterie.
-Tu ne peux pas le voir vert ? Toi aussi ? C’est impossible ?
-Vous vous foutez de moi, toutes les deux ? IL EST JAUNE, ce bouton ! Jaune vif !
Je suis au bord de l’esclandre, de la fureur incontrôlable, du désespoir angoissant.
Comme je suis un imaginatif foudroyant, ce qui peut être une merveilleuse qualité dans certaines  circonstances, là, se transforme en outil de torture mentale.
Ça y est ! J’ai un problème grave de vue. Pire, j’ai peut-être une tumeur au cerveau qui démarre. Mon Dieu, sauvez-moi !
Pourtant, le café passe bien ….dans la cafetière, à défaut de mon estomac.
J’abandonne mes deux traîtresses pour me réfugier dans mes «appartements privés », c'est-à-dire mon bureau. Je rumine cette déconvenue pendant plusieurs jours. A chaque fois ce bouton « vert-jaune » ou « jaune-vert » me nargue insolemment. Il est comme une insulte grotesque à mon bons sens, à tous mes sens, puisque ma vue me trahit sournoisement.
Et soudain, Alléluia ! Et la lumière fut !
Il faut d’abord que je vous dise que j’ai remarqué un travers très particulier chez mes contemporains, et surtout chez les jeunes.
 Alors que nous utilisons quantité de matériels complexes nous négligeons souvent, pour ne pas dire toujours, des documents d’une extraordinaire importance : LE MODE D’EMPLOI !
Je sais ! Ils sont souvent rédigés dans un français très approximatif, par un étudiant ouzbèk ayant travaillé trois mois comme serveur dans un Mac Do de la banlieue lilloise. Mais enfin ! Il faut quand même les lire !
Je sais où sont conservés TOUS mes modes d’emploi. Car moi, je les conserve tous pieusement. Même les plus sommaires, même les plus modestes. Ça peut parfois sauver la vie. Je pousse même le vice jusqu’à les scanner su mon imprimante, et à les sauvegarder sur mon PC. Et il se trouve que celui de ma machine à café s’y trouve déjà.
Hop ! Quelques clics de souris et je tombe sur cette « merveille », cette pierre de Rosette, sur ce parchemin précieux, ce graal salvateur, ce verset quasiment « biblique » :

« …si le bouton marche/arrêt émet une lumière ORANGE continue, DETARTREZ la machine ».  

Jawohl Mein Herr !!


C’est moi qui mets « vicieusement » les mots en lettres capitales ! Bon ! Je sens déjà venir les critiques plus ou moins fumeuses. La lumière est supposée être orange, même si moi, je la voyais jaune ! Mais avouez qu’il est difficile de confondre de l’orange et du vert ! D’ailleurs, si le constructeur a choisi cette couleur, c’était quand même pour être bien sûr que l’on ferait la différence ! Oui ou non ?
Mmmmm ! Wouah ! Hé ! Hé ! Hé ! Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! Grrrrr !
Ça c’est l’expression approximative de mes sentiments à la vue de cette belle tranche de poésie didactique !
Le pervers, le sadique, le Belzébuth, le tortionnaire qui dort en moi (d’un sommeil très profond, je vous rassure tout de suite !)  aurait bien eu la  furieuse envie d’imprimer deux pages de ce mode d’emploi et les faire bouffer à mes deux « sorcières » insolentes !
Mais je ne suis qu’un homme pacifique, doux comme un agneau, et docile comme gros chat castré.
Je me suis donc contenté de « détartrez » mon appareil, et Ô joies incommensurables ! Ô bontés séraphiques ! Ô jouissances éternelles ! Le bouton est redevenu VERT ! 
Étonnant non ? A la « non surprise » de ma femme qui, bien sûr, l’avait toujours vu ainsi !
N’est-ce pas ?
Alors revenons un peu à la genèse de cette histoire pour conclure que le sexisme se cache aussi dans les couleurs. La preuve est bien là que les femmes ne voient pas les couleurs de la même manière que nous. Il ne s’agit même pas de daltonisme, ce défaut majoritairement masculin qui altère la vision des couleurs. Non ! Il s’agit bien de différences, comme certains insectes perçoivent un spectre de couleurs ultraviolettes que nous ne voyons pas, nous les humains. 
Ou alors, cette cafetière a été faite exclusivement par des hommes ! Et là, il faut que je vous parle d’un fait totalement hilarant et incongru, tellement incongru que peu d’entre vous vont me croire. Les Américains, qui sont toujours des gens très pragmatiques en matière de vente et de  commerce, ont inventé cette « merveille », le W.A.F. ! Autrement dit :
Women Acceptation Factor.
Je vous mets en annexe un article que j’avais écrit à ce sujet, il y a des années déjà.
Je vous laisse le bonheur ineffable de la traduction.
Pour revenir à mon épouse et à sa copine, certains ne vont pas manquer de me dire : « oh mais elles vous ont fait une farce. Elles vous ont pris pour un idiot, elles vous ont fait marcher comme le gros naïf que vous êtes sûrement ».
Non seulement je m’inscris en faux, mais je l’affirme ; elles étaient sincères. Elles ne sont pas du genre « blagueuses »  hélas ! Ce qui n’aurait pas été pour me déplaire, et elles se seraient fait un plaisir de l’avouer quelques temps après ! Mais non ! Mais non ! Elles étaient sincères !
Allez ! Je vais me faire un petit café pour me détendre et oublier tout ça !
Tiens ? Ouf !  Le voyant est vert !



Annexe

W.A.F.! W.A.F.!


Un ignoble personnage, le mot n'est pas trop fort, et qui se prétend journaliste sur une chaîne de radio, a osé l'impensable, a osé commettre le crime de lèse majesté féminine le plus incroyablement provocateur; il a parlé du W.A.F.!
Qu'est-ce que le W.A.F.?
Une "amerloquerie" supplémentaire signifiant; "Women Acceptation Factor"
Autrement dit, la capacité pour une femme d'accepter ou de comprendre le fonctionnement d'un objet manufacturé.
Non? Sans blague?
Nos charmantes compagnes seraient-elles si différentes de nous, que des commerçants cyniques et sans scrupules en mesureraient même l'écart?
Si une femme arrive à utiliser un engin, un produit sans trop de difficulté, cela signifie donc que cela sera aussi simple…… pour le reste de l'humanité!
Ah! Qu'en termes galants, ces choses-là sont dites!
Fichtre! Plus sexiste que çà ? Tu meurs!
Et cela vient d'où? Du pays étant censé être à la pointe de l'égalité, de la parité sexuelle !
Les Etats-Unis! On croit rêver!
On peut lutter contre des "machos" bornés, contre des mâles primaires qui refusent de se plier devant l’évidence de votre brillante intelligence, mesdames !
Mais que faire devant des experts financiers rapaces, cupides, qui ne pensent qu'au rendement et aux parts de marché?
La lutte est inégale! Je dirais même désespérée!
Décidément, la parité n'est pas un long fleuve tranquille!




samedi 20 mai 2017

DE DRÔLES DE PISTOLETS

-Bon ! Les enfants ! Vous prenez vos équerres en bois, et pendant un quart d’heure je veux vous voir jouer aux cow-boys et aux indiens !
L’enseignant, reliant son geste à ses paroles, se saisit de la sienne et nous fait une démonstration bruyante de ce qu’il attend de nous. Le ridicule de la situation ne nous échappe pas.  
Quand un prof vous donne ce genre d’ordre, pour le moins incongru, il y a  comme un moment de flottement dans nos caboches enfantines.
On se regarde tous, avec des airs interrogatifs, ou la stupeur le dispute à l’étonnement.
Mais il est dingue le prof ? Qu’est-ce qu’il lui prend ?
Devant notre inertie réticente, il s’exaspère :
-Mais allez-y ! N’ayez pas peur ! Je vous l’autorise ! Je vous l’ordonne même !
Alors, timidement, les premiers s’élancent, se décident.
Poum ! Poum ! T’es mort ! Bientôt le petit atelier retentit des bruits d’une dizaine de duels acharnés. Le naturel enfantin reprenant vite le dessus sur la discipline scolaire, on en oublierait presque l’enseignant qui nous observe d’un air neutre et détaché, comme un entomologiste examinerait une fourmilière.
-STOP ! Le cri impératif nous cloue sur place. Le quart d’heure étant passé, le prof se lance alors dans un discours disciplinaire qui nous fait froid dans le dos et qui va tuer dans l’œuf toutes nos velléités futures de nous prendre pour la réincarnation de « Billy the Kid ».
-Bon ! Maintenant que vous avez bien fait joujou avec vos équerres, le premier que je vois en faire autant, pendant mon cours, va se prendre, tout d’abord un grand coup de pompe dans l’arrière train, et ensuite une punition carabinée (sans jeu de mot) qui lui ôtera définitivement l’envie de recommencer ! C’est bien clair pour tout le monde ?
-Oui m’sieur !
-J’ai pas entendu ? Plus fort !
-OUI M’SIEUR !
-Bien !
Je vous prie de croire que nos équerres sont toujours restées couchées sagement sur nos plans de travail.
Il y avait deux classes distinctes ; une pour le fer et une pour le bois.
Chaque année on prépare un projet qui consistait à fabriquer un objet usuel. Pour ma part, je me souviens d’un presse-papier métallique en forme de cocotte stylisée, d’un bleu cobalt. Le privilège que nous avions, c’était de conserver l’objet, en fin d’année, si celui-ci était réussi, bien évidemment.
C’était une époque bénie où les profs avaient encore de l’autorité et de la poigne. Et bien malgré tout ça, nous étions quand même heureux. Etonnant, non ?
Ils avaient l’amour de leur métier, des enfants et pas mal de psychologie, même s’ils n’avaient pas tous lu Françoise Dolto.