mardi 4 août 2015

Quand pousse une église sous vos yeux



Il est très rare, et même exceptionnel, d'assister à la naissance d'une église. L'immense majorité de celles que l'on peut voir, dans notre beau pays de France, ont un âge très avancé qui se compte en nombre respectable de siècles. Il en va de même pour toute l’Europe. Leurs vieilles pierres sont patinées et moussues par le temps, et bien souvent, un écriteau du syndicat d’initiative local se fait un devoir de vous en relater la très longue, et parfois chaotique destinée.  Alors, en voir pousser une, sous votre nez, sous la fenêtre de la chambre de vos parents, sur votre ancienne aire de jeux, tient à la fois du miracle et du sacrilège ! Miracle pour la foi religieuse, sacrilège pour vos récents souvenirs d’enfance. Je l’aimais bien cette surface de parking à voitures où nous avions tant chahuté, tant fait de parties de foot, sur des places désertes, car les Français étaient encore loin d’avoir tous leur voiture. Et puis, il y avait « mon » endroit secret, ma caverne d’Ali Baba ; le local à poubelles. C’était un vulgaire bloc cubique, en béton, possédant une petite rampe d’escalier d’un côté, et sur l’opposé, une porte en acier pour le vider régulièrement de ses immondices. Mais moi, j’y trouvais des « trésors » ! C’est ainsi que je tombais, un jour, sur l’épave d’un B36, bombardier américain à six moteurs inversés ! Une rareté pour l’époque. Bon ! Il n’était pas en très bon état ! Mais qu’importe ! Je l’aimais « amoureusement » avec mes yeux de huit ans ! 



 Un autre jour, je tombais, Ô miracle, sur la dépouille, en fer s’il vous plait, d’un Junker 88, bombardier en piqué autrement appelé
 « Stuka ». Comment vouliez-vous que je ne sois pas amoureux de cet endroit, parfois un peu nauséabond, certes. Mais quand on aime tout sent très bon ! C’est bien connu. Tout ce petit préambule pour vous faire comprendre quel ne fut pas mon désarroi, et ma surprise, quand quelques années plus tard, je vis des engins de terrassement envahir ce pré carré enfantin, et surtout de voir démolir mon « coffre à bijoux » !

Personne ne m’avait prévenu, et d’ailleurs, j’étais plus préoccupé par la préparation de mon bac que par ce chantier. J’étais bien intrigué par le grand trou que l’on creusait, en me demandant ce que l’on pouvait bien construire. Vous ne me croyez pas ? Mais personne n’en parlait à la maison ! J’ai assisté à l’émergence de la flèche. Je la voyais grandir jour après jour. Je me disais bien que pour une antenne de télé, c’était un peu haut. Mais de là à imaginer un futur clocher ? Même avec beaucoup d’imagination, c’était difficile.   Puis vint la grande dalle de béton, ensuite les contreforts. Ah mais le « clou » fut la pose de la grande poutre principale ! Ensuite les « arrêtes » pour ce gros poisson étrange. Enfin, la toiture et ses fines ardoises dévoilèrent une étrange composition géométrique. Du jamais vu !
Et l’église Sainte Monique fut enfin consacrée en grandes pompes comme il se doit pour un tel monument religieux.
Beaucoup de souvenirs me sont attachés à cette église. Je me souviens du curé avec son éternelle aube blanche et sa « deux pattes » qui sillonnait Châtenay-Malabry. Il s'agissait du père Millet. J'espère que beaucoup d'entre vous se souviennent encore de lui, et pas comme moi qui ai failli oublier son nom!  Comme quoi les souvenirs sont étranges ! Par contre, je me souviens d’avoir failli lui rentrer dedans, à un croisement de rues, derrière la "demie-lune", avec l’une de mes premières voitures. Je revois encore son visage grimaçant de colère à travers le pare-brise de sa « deudeuche » alors qu’il ne m’avait pas reconnu ! Ouf !
Je me souviens aussi que le sous-sol de cette église comportait une grande salle de réunion avec même une scène de spectacle. Je me souviens de la terreur panique qui me prenait pour ne pas vouloir monter sur cette scène à l’occasion de représentations pourtant, tout ce qu’il y avait de plus pur et de plus sage, morale religieuse oblige. Nous étions, malgré cela, une bande d’adolescents rieurs et espiègles.

Mais j’allais oublier le sommet de la gloire pour cette brave église. Tous les Français, tous les téléspectateurs connaissent, et surtout à cette époque, connaissaient l’émission du dimanche
« Le jour du Seigneur ». La messe était retransmise dans toute la France, à partir d’une église différente chaque semaine. Alors vous avez deviné ce qui arriva un jour. De gros camions techniques, où l’on pouvait voir inscrit sur leur flanc « ORTF », apparurent soudain dans ma rue.


Vous dire que ce jour-là, ce dimanche-là l’église était pleine à craquer, ne vous surprendra pas le moins du monde. Ah ! La curiosité maladive des gens ! J’ai retrouvé miraculeusement quelques photos de ce glorieux événement. Elles ne sont vraiment pas belles, mais elles sont la preuve indubitable de ce que je vous raconte.  




Ensuite la vie a suivi son cours, nous nous somme tous dispersés et Sainte Monique s’est éloignée, s’est endormie dans ma vie et dans mes souvenirs, et a même changer de …paroisse !
Mais la providence veillait. C’est ainsi qu’en 1976 est sorti le film « L’année sainte »
Au fait ? Pourquoi « année sainte » ? En gros fainéant que je suis, je vous renvoie à la définition de Wikipédia : "année sainte" 
C’est surtout le dernier film de Jean Gabin qui devait mourir en 1976. Et c’est là que notre votre église refait un dernier «  tour de piste » médiatique. La dernière scène est sensée se dérouler dans la banlieue de Rome où notre malfrat Gabin déguisé en "Monseigneur", c'est à dire en Cardinal, accompagné de son "'évêque" Jean-Claude Brialy, doit retrouver un magot planqué. Et ben non ! Au lieu du magot, il y a notre belle église ! Et pas à Rome, à Châtenay-Malabry.

Je vais faire une chose insensée, pour une fois. Je vais me servir sans vergogne des témoignages glaner sur la page « facebook » consacrée à « Qui A grandi A Châtenay-Malabry »
Guy G. L'année sainte, ce jour là j’ai vu jean Gabin et J.C  Brialy en curé et après je l'ai revu au bar le Jean Nicot.  Ils était super sympas. 
Sylvie C. Oui, l’année sainte, [on a]  mis des plaques immatriculation italiennes car on devait penser être en Italie très sympas tous bon souvenir. 
Josse P.  J'étais présent Gabin nous a envoyé promener car on suivait les voitures du tournage en vélo, qui allaient vers la demie lune et il faisait très chaud (sécheresse 1976).
Qu’ils me pardonnent cette indiscrétion, mais cela rend encore plus vivant ce témoignage lointain, hommage ultime à notre grand acteur et à cette église de quartier qui continue sa vie.

Me voilà arrivé au bout de ce petit récit qui, je l’espère, vous aura plu. Il ne vous est pas interdit de continuer à y apporter votre petite « pierre » si jamais des souvenirs vous revenaient.

En "apothéose" je vous donne deux photos séparées par 65 ans d'âge sur mon quartier:


 
 


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