mardi 10 janvier 2012

Le bizutage explosif d’un jeune CRS


Cela se passe au début des années 70 sur l’aéroport d’Orly. En cette période de « plomb » sévit déjà un terrorisme venu du Moyen-Orient qui n’a rien à envier à celui de notre époque. Et je dirais qu’il est même encore plus actif. Un certain Carlos, de sinistre réputation, fait déjà régner la terreur. Donc, nos belles plates-formes aéroportuaires sont surveillées comme le « lait sur le feu » par des compagnies de CRS sur le pied de guerre. Parmi ces fiers combattants de l’ordre, une jeune recrue fait le pied de grue sur la rocade qui va d’Orly-Ouest à Orly-Sud. Cette rocade qui forme un grand arc de cercle surplombe de quelques mètres les aires de stationnement des avions. Notre jeune flic est engoncé dans sa capote trop longue pour lui, de serge bleu sombre que nous connaissant tous. La casquette trop grande, vissée sur son crâne juvénile rasé de frais, notre sentinelle se bat les mains gantées par ce froid hivernal qui pince impitoyablement. Son, pistolet mitrailleur inutile lui bat les flancs.Pour dire les choses franchement, il s’emmerde fermement à cent sous de l’heure ! Pour se distraire un peu il regarde la grosse bestiole de ferraille qu’il a sous les yeux ; un Boeing 747 de la compagnie israélienne El Al flambant neuf, car ces avions sont récents à cette époque. Ce point de stationnement s’appelle « delta zéro » car je ne peux m’empêcher d’avoir la vanité puérile de me la « péter » un peu en montrant mon expérience professionnelle déjà très lointaine. 
Donc cette grosse « vache » d’aluminium montre plutôt son cul d’où émerge un « anus noir » qui siffle continuellement dans un chuintement agaçant : L’APU ! Eh ! Eh ! Encore une occase de me la « re-péter » pour vous dire que « l’APU » autrement dit ; Auxiliary Power Unit est un petit réacteur qui fournit la puissance électrique à l’avion quand celui est au sol, immobile. Voilà pourquoi notre brave « gun-man » n’entend pas la grosse limousine noire qui vient de stopper à dix mètres de lui, dans son dos. De celle-ci surgit un homme porteur d’un long tube sombre sur son épaule. Poum ! Le bruit est presque ridicule.
Pas le temps de réfléchir, que la voiture repart à fond dans un grand crissement de pneus martyrisés. Notre pauvre CRS médusé ne comprend même pas ce qu’il vient de voir. Il regarde à nouveau vers l’avion où tout semble normal. Les techniciens au sol continuent de s’activer comme si rien ne venait de se passer.
-Bah ! J’ai dû rêver pense-t-il naïvement ! J’ai mal dormi et le cassoulet d’hier soir n’est pas bien passé.
Ce n’est qu’une fois revenu au poste de commandement où le souffle rageur d’un supérieur hurlant sa colère dans sa pauvre petite tronche juvénile, en faisant gicler au passage, sa casquette du crâne, qu’il comprend enfin la portée de l’incident qu’il vient de vivre.
Oui ! Car revenons sur ce malheureux « incident » ; Figurez-vous que nos « artilleurs » ont raté 
la grosse « baleine » qu’ils avaient devant eux ! Ce qui s’appelle positivement et sans aucune excuse : « rater une vache dans un couloir » Plus mauvais tireurs que ça, ce n’est pas possible ! Mais vous allez me poser LA question à « cent balles » ! Je le sens ! Curieux comme vous êtes. Si ces andouilles ont raté l’avion, quid de l’obus ? Eh oui ! Il a bien fallu qu’il atterrisse quelque part cet obus ? Oh mais où ! Passant par-dessus le satellite Ouest, il est venu « gentiment » traverser de part en part un DC9 de la JAT (ancienne compagnie de l’ex-Yougoslavie) qui était stationné en « Delta sept » (je ne peux m’empêcher de me la péter) blessant légèrement trois passagers. Et toujours sans exploser ! Vous pensez que cela s’arrête là ? Pas du tout. Nous avions une belle cantine de piste avec une magnifique grande baie vitrée qui donnait sur le taxiway. Sous cette belle vitrine se trouve un petit soupirail au niveau du sol. Et ce petit soupirail à quoi sert-il ? De fenêtre au vestiaire des employés. Et c’est là que les artificiers sont venus chercher l’obus qui « reposait » gentiment sur le sol en béton de la pièce. Toujours intact, bien sûr ! Juste en dessous de la salle du resto ! Je ne sais pas qui leur avait refourgué la camelote, à nos branquignols terroristes, mais à mon avis, leur S.A.V. a dû s’en prendre plein la tronche. 
Je ne sais pas ce jour-là ce qui nous a protégé : la providence, la chance, Dieu ou je ne sais qui ou quoi, mais nous sommes passés devant une catastrophe effroyable !
Quant à mon petit CRS, je ne sais absolument pas ce qu’il est devenu. Gageons qu’il ait quitté un métier où sa « sensibilité », ou son « sang-froid », n’a pas été reconnu à sa juste valeur.
Pour vous prouvez que je n’invente rien et que cette histoire est parfaitement authentique, je vous mets des informations « glanées » sur Internet.
  



Le 13 janvier 1975 a lieu un attentat à Orly. Des terroristes soutenus par le FPLP, avec Carlos à leur tête, tirent avec un lance-roquettes sur un avion de la compagnie israélienne El-Al, mais le ratent. Un avion yougoslave est touché, faisant 3 blessés. La terrasse d'Orly Sud sera fermée au public à la suite de cet événement.

QUAND JOHNNY DEPOUILLE JEAN-PHILIPPE

Après ma « lettre à Jean-philippe » qui n’était qu’un cri d’humeur, de chagrin et de colère, je me suis mis à réfléchir sur toute l’épopé...