mercredi 30 mai 2007

Bou-Sfer, base 5, j’écoute !

Oui c'est moi sur la photo!

Pendant des mois, des milliers de fois, j’ai répété cette phrase !
C’est vous dire si je m’en souviens ! Car il me faut vous narrer une chose qui est à l’image même de ma vie. Tellement j’ai toujours eu un pot faramineux dans l’existence ! Comme le beau militaire que j’étais, fils de militaire, je suis tombé sur ce territoire d’outre-mer où s’exerçait toute la « virilité »…. militaire ! J’étais sur une base aérienne. Des biffins de l’armée de terre s’entraînaient férocement dans les collines.


Tous les jours, je voyais des « sticks » de parachutistes de la Légion Etrangère sauter des vieux « Nord Atlas » fatigués, sur les
plages d’Aïn-el-Turk.
Un ami d’enfance était marin dans la base navale souterraine de Mers-el-Kébir, à trois kilomètres de là. Mon cantonnement était à côté de celui des « redoutables » gars à képi, des durs à cuire, des tatoués, des bêtes fauves, des fils de « Pépé le Moko » !
C’est vous dire si ça sentait l’adrénaline et les hormones mâles partout dans les environs !
Et bien moi, j’ai passé mon séjour là-bas comme opérateur dans le central téléphonique de la base ! Avec en prime, cerise sur le gâteau, pompon délicieux ; la seule femme chef de service de toute l’enclave de Mers-el-Kébir !
Et dans les années soixante, je vous prie de croire que c’était exceptionnel !
Je vous parie ma chemise de pyjama qu’il y a bien un congénère (en un seul mot) mâle, qui lisant ces lignes, va me sortir :
« Quel pot il a eu ! »
Sinistre buse ! Attends un peu la suite !
Cette « charmante » miss (car on l’appelait « miss ») pesait bien son quintal, pour un mètre cinquante. Elle avait la voix éraillée de celle qui clope ses deux paquets par jour, qui sirote tout ce que la planète peut distiller comme alcool, et qui avait dû avaler des choses que la loi tolère mais que la morale réprouve !
Quand on la voyait, je vous jure bien que l’envie du moindre marivaudage se serait vite éteint dans votre esprit, dans la fraction de seconde qui aurait suivi son apparition!
Quant à la bise, même amicale ? Même pas en rêve ! D’ailleurs à cette époque, cela nous aurait valu au moins une semaine d’arrêt de rigueur ( de prison, pour décoder pour les jeunes !).

Nous avions un magnifique standard à fiches, modèle 1936 réformé 45 de 370 postes ! Eh ! Eh ! Eh ! Quand je pense aux portables d’aujourd’hui, je me bidonne un brin! Celui-ci logeait dans une pièce de deux mètres sur quatre. Elle se trouvait dans les bâtiments de la tour de contrôle. Il nous arrivait souvent de passer vingt-quatre heures d’affilées dans ce charmant bocal, sans radio, sans télé, et seul !
On nous ravitaillait par plateaux repas (froids) qui faisaient quatre kilomètres en jeep pour venir de la cantine !
C’est vous dire si on ne se brûlait pas souvent la langue avec des plats trop chauds !
Notre grosse « araignée » passait ses journées avec sa « chouffe » collée à l’oreille !
Mais oui ! Bien sûr, que je vais vous expliquer ce que c’est qu’une « chouffe » !
Un peu de patience que diable ! D’abord, un peu de technique !
Notre « cage à serins » était composé de trois modules identiques, comportant les mêmes trous correspondants aux mêmes postes téléphoniques !
C'est-à-dire que lorsque deux correspondants étaient en ligne, il y avait deux trous correspondants au même abonné libre, sur les deux autres modules !
On suit ? Ça va ? Bon ! Je continue !
Donc, il suffisait de mettre une fiche munie d’un écouteur dans un des trous libres pour écouter la conversation des deux malheureux qui ne se doutaient pas une seconde qu’une grosse truie était entrain de se bidonner, en écoutant leurs confidences !
Ah ! Ce sourire, et ce ricanement asthmatique !
Je les ai encore dans la vue et dans les oreilles !
Même après tout ce temps là !
Elle en a passé des heures « mémé » à écouter tout son petit monde!
A mon avis, ce devait être une auxiliaire de nos services secrets !
Mais chut ! Je ne vous ai rien dit !
Car je me suis toujours demandé ce qu’elle pouvait bien foutre avec tout ce qu’elle entendait ! Vous pouvez constater la belle ambiance « virile et militaire » qui était la mienne !
Ne ricanez pas trop fort !
Ce n’est pas de ma faute ! Je ne l’avais pas choisi !

Un jour, que la fatigue me prend, j’étends mes bras au-dessus de ma tête pour me relaxer ! Soudain mes doigts pénètrent profondément quelque chose d’incongru et d’inhabituel !
Arghhhh ! Horreur ! Malheur ! C’était les cheveux de la sorcière !
Dans un réflexe « cérébro-spinal » je rabats brutalement les bras vers moi !
Pétrifié de honte et de gêne !

Euh ! Je précise que le réflexe « cérébro-spinal » est celui de la grenouille à qui on a coupé la tête, et qui n’a donc pas besoin de cervelle pour agir !

J’attends donc avec angoisse une réaction de notre cerbère femelle. Rien !
Je me retourne à demi pour la regarder. Et là, qu’est-ce que je vois ?
Madame, la clope au bec, en train de lire tranquillement un bouquin, parfaitement immobile, sans la plus petite émotion !
Alors là, je me suis dit qu’une femme qui a ce sang-froid là, a dû en faire de vertes et de pas mûres ! Je n’ose pas l’imaginer ! Elle a dû en dérouler du câble ! C’est moi qui vous le dit !
Je n’allais pas tarder à en avoir une preuve supplémentaire.
J’étais à l’époque, un garçon encore plus timide qu’aujourd’hui !
Vous voyez ce que cela peut donner ?
Vous pensez bien que cette grosse vache s’en était immédiatement aperçu et qu’elle me réservait un sort d’une cruauté et d’une perversité toute diabolique ! I
l y avait dans l’enceinte de Mers-el-Kébir un établissement très sérieux qui était gardé militairement par les trois Armes, plus la légion.
Toutes les semaines, un détachement de quatre soldats, sous les ordres d’un caporal, montait une semaine de garde dans cet endroit hautement stratégique.
Une fois, c’était l’Armée de l’Air, ensuite, l’Armée de terre, suivit de la Marine,
et enfin la Légion ! Chaque arme y allait à tour de rôle.
Cet établissement était un hôtel de « repos » de « calme » où des infirmières très spécialisées dans des soins très particuliers, exerçaient leurs talents contre rémunération, bien sûr !
Et sous une surveillance médicale très stricte et sérieuse !
Nous, on l’appelait le B.M.C. Mais ces initiales sont sans intérêts pour les jeunes personnes de notre époque.
Nous en étions très fiers, parce que c’était le dernier en activité dans l’armée française !
Une « relique » du passé en quelque sorte !
Et puis, chose émouvante ; les bénéfices de cet établissement « hospitalier »
(dans tous les sens du terme !) avaient permis de nous acheter des cadeaux pour le Noël tristounet, et loin de nos familles, que nous avons passé là-bas!
J’en ai encore la larme à l’œil, quand j’y pense !

Bref ! Vous avez deviné la chose, parce que vous êtes plus malins que moi ; Cette caricature de femelle n’a plus eu qu’une seule idée en tête pendant des mois : me « pistonner » pour m’envoyer de garde là-bas !
D’ailleurs, quand on parle de « pistonner » (sans jeu de mot) c’était bien le cas, puisqu’il fallait vraiment l’être pour mériter de faire cette garde !
Vous imaginez ? Boissons gratuites, repas gratuits, et …tout le reste aussi gratuit ?
Ah ! Ça se bousculait au portillon ! Croyez-moi !
Mais heureusement, la providence veillait !
Elle n’a pas réussi dans son entreprise coupable à m’envoyer là-bas !
Je suis resté « pur » et « vierge » comme j’étais venu !
Qui a dit « l’imbécile » ?

Enregistrer un commentaire