jeudi 6 août 2009

Qu’est-ce qu’on a fait des tuyaux ?

Des lances et de la grande échelle
Qu'est-ce qu'on a fait des tuyaux?
Pas de panique il nous les faut !

Décidément, j’aime bien commencer mes petits récits par des chansons. Car vous allez voir qu’il y a toujours un certain rapport.
Donc, du temps de ma « folle » jeunesse, un copain d’enfance arrosait son baccalauréat tout récent. Et mieux encore, son permis de conduire tout neuf. Pour fêter tous ses succès « zintellectuels et mécaniques », il nous invita à faire une petite virée dans son carrosse quasiment centenaire et rouillé de partout. Ensuite il voulu ponctuer son triomphe estudiantin, par un beau diner au resto. Jusque là, la proposition semblait alléchante. C’est ainsi que nous partîmes sur les routes pleines de dangers effroyables, du côté de Milly la Forêt. Vous pouvez constater à quel point nous avions l’esprit d’aventuriers au sang froid terrifiant ! Nous étions en été, il faisait beau et chaud, mais le soir tombait et nous cherchions un restaurant. A cet instant du récit, je dois vous faire part d’un très léger défaut dont était affligé notre charmant camarade et « frère d’enfance ». Oui ! J’écris « frère » d’enfance, et non pas « ami d’enfance » car orphelin de père, il avait quasiment été élevé comme un membre à part entière de la fratrie. C’est vous dire les liens qui nous unissaient et nous unissent toujours, d’ailleurs. Donc ce brave copain était, comme dire ? très légèrement « prudent » dans le domaine des dépenses récréatives et alimentaires, si vous voyez ce que je veux dire !Je n’ai pas écrit « radin » ! Jamais je n’écrirais une chose pareille ! Surtout s’il me lit ! Non ! Simplement « économe » ! Voilà pourquoi, à chaque fois que nous trouvions un restaurant dans un petit patelin, nous nous arrêtions devant. Il descendait et commençait alors, un épluchage sévère de la carte. Et c’était, hélas, toujours trop cher pour « ses » ou pour « nos » économies ! Car ayant un sens des responsabilités très développé pour son âge, il pensait aussi à nos intérêts. Malheureusement, ce sens des responsabilités prolongeait fortement, comme vous pouvez vous en douter, le temps des recherches. C’est ainsi que la nuit tomba et que nous dégottâmes, à la dernière extrémité de la fermeture de l’établissement, un boui-boui infâme, mais pas « cher » ! Et comme vous le savez, les joies de la jeunesse, l’ambiance potache de notre petite troupe fraternelle, mirent à ce restaurant, les « étoiles » qu’il ne possèdera jamais. Nous en sommes sortis plus que « gais », et heureusement que les contrôles d’alcoolémie étaient inexistants à cette époque. Sur le chemin du retour, tout en braillant comme des veaux dans le tas de ferraille de notre pote, nous étions en train de traverser un grand bois sombre, sur une route départementale, quand nous aperçûmes au loin, ce qui semblait être des lueurs d’un feu ou même d’un incendie. Effectivement, en nous rapprochant, nous avons alors découvert une ambulance blanche, un break Citroën, DS21, garée sur le bas-côté, et qui brûlait, entourée d’une fumée grise, épaisse que les phares de notre voiture arrivaient, tout de même, à percer.
Ah pour dessaouler, ça dessaoule ! Le moment de stupeur et de surprise passée, nous sommes descendus voir de quoi il retournait. Le plus étrange, c’est qu’il n’y avait personne autour du véhicule, et chose encore plus rassurante, personne à bord non plus ! L’idée de voir cramer un macchabée ne nous aurait pas enchanté plus que ça. Qu’est-ce qu’on allait pouvoir bien faire ? Alerter les secours, les pompiers ? Se barrer comme des voleurs en n’ayant rien vu ?
C’était mal nous connaître. Nous allions bien trouver du secours au prochain village rencontré. Et nous voilà tous repartis en « tuture ». Quelques centaines de mètres à peine, un peu plus loin, nous sommes arrivés dans une petite ville complètement endormie. Même la grande place rectangulaire était plongée dans le noir, car l’éclairage public était éteint depuis longtemps. Nous nous sommes garés au milieu d’icelle Et tels des fantômes un peu bruyants nous avons exploré les lieux, à la recherche d’une âme qui vive ou d’un moyen de prévenir les secours.
Quelqu’un parmi nous s’est alors exclamé :
_Eh ! Les potes ! Venez voir ! Je crois que j’ai trouvé !
Nous avons rappliqué en vitesse pour découvrir la « trouvaille »
C’était une borne d’urgence, tout en rouge dont la façade vitrée protégeait un gros bouton de même couleur.
Moment de flottement dû à une indécision bien légitime. Est-ce qu’on allait oser ?
_Allez les gars ! Faut pas se dégonfler maintenant !
Et joignant le geste à la parole, mon pote bachelier se déchaussa, brisa la vitre de son escarpin et appuya sur le gros champignon rubicond. Ceux qui le devinrent, c’est nous !
MOUUUUUUUWOHONNNNNNNNN !
Un énorme rugissement cataclysmique hurla brusquement au-dessus de nos têtes. C’était une sirène d’usine !
Pétrifiés que nous fûmes ! Tétanisés par la surprise et la trouille ! Trouille accentuée par le fait que tout autour de la place, des fenêtres d’appartement s’allumaient comme des lampions, à intervalles réguliers, Nous, nous pensions naïvement qu’une petite voix sympa, sortie d’un petit haut-parleur, allait nous demander, fort civilement, poliment (et surtout discrètement) ce que nous voulions ?
Mais on ne s’attendait pas à un hurlement pareil, digne d’une alerte de bombardement de la dernière guerre mondiale ! Ils auraient quand même dû nous prévenir ces gueux !
« Attention, en appuyant sur ce bouton, vous allez déclencher une sirène assez bruyante au-dessus de votre tête »
Là on aurait compris ! Je ne suis même pas sûr que nous n’aurions pas pris nos jambes à nos cous, en pensant qu’ils aillent se démerder avec leur ambulance cramée ! Au lieu de ça, nous étions épinglés par la terreur comme des papillons de nuit sur une toile de tableau. Et les gens qui commençaient à rappliquer. Oh ! Comme on aurait voulu être ailleurs, à ce moment là. Heureusement, on ne nous a pas lynchés, et nous avons même pu bredouiller nos motifs légitimes. Soulagés par la tournure des évènements, nous avons même décidé de retourner sur les lieux, voir la suite des opérations. Ah ! Mes amis ! Comme je ne le regrette pas ! Car nous avons assisté à un spectacle nocturne digne d’un film de Jacques Tati. Nous étions garés pas trop loin de l’incendie. La voiture continuait de cramer de plus belle. Et nous avons vu arriver les pompiers …..volontaires !
« Volontaires » ils l’étaient sûrement ! Mais « réveillés » ? Je ne suis pas aussi sûr. D’ailleurs pour nous conforter dans notre opinion, des vestes de pyjamas dépassaient traitreusement des blousons de cuir. Certains finissaient d’ajuster leur casque, quand d’autres arrivaient sur la route, à cloche pied, en finissant de se chausser. Bon ! Soyons charitables ! Le côté vestimentaire n’est pas trop important. Mais c’est le côté matériel qui a posé des problèmes ! Je revois encore ce pompier tirant comme un damné sur sa lance à incendie, hurler à son collègue :
_Mais putain !Avance le camion !Tu ne vois pas qu’on est trop court !
Et pris par l’impatience de vouloir éteindre l’incendie, ouvrir en grand la vanne du « tuyau d’arrosage ». Manque de pot, son chef qui s’était avancé sur le brasier pour l’inspecter, s’est pris en pleine tronche le flot glacé d’une lance insolente. Je vous épargnerai la vulgarité des propos échangés entre les deux soldats du feu qui n’apporteront rien à l’intérêt du récit.
J’ai honte quand je pense aux crises de fou-rires que nous avons dû réprimer pour ne pas vexer nos courageux pompiers. Car, vu leur humeur et le fait qu’on les avait dérangés dans des activités personnelles et surement très intimes, nous avions le sentiment bien précis, d’aller au-devant de graves représailles !
Je n’ai pas besoin de vous expliquer que notre retour s’est effectué dans une gaieté et une joie de vivre qui tenait autant à nos excès de libations qu’au récit des exploits épiques de nos valeureux pompiers.

En pleine nuit une sirène
Appelle au feu tous les pompiers

Et tout Rio qui se réveille

Voit brûler l'usine de café

Il n'y a pas de temps à perdre

Sinon tout le quartier va brûler

Oui mais voilà
Pendant ce temps là à la caserne
On entend les pompiers crier :


Qu'est-ce qu'on a fait des tuyaux ?

Des lances et de la grande échelle

Qu'est-ce qu'on a fait des tuyaux?

Pas de panique il nous les faut


Paroles : Auteurs compositeurs Gérard Gustin - Maurice Tézé
Chanson interprétée par Sacha Distel 1967
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